Aujourd’hui, la création des centres de soins non programmés (CSNP) relève principalement d’initiatives individuelles – celles de médecins généralistes ou d'organisations privées –, sans concertation avec les agences régionales de santé (ARS), ni avis des conseils des Ordres concernés, ni prise en compte des besoins réels du territoire. Cette absence de coordination entraîne une répartition inégale des CSNP sur le territoire, avec des zones suréquipées et d'autres sous-dotées, ce qui ne répond pas aux besoins de la population de manière optimale. De la même manière, ces centres ne participent aucunement à la prise en charge des patients atteints de pathologies chroniques sans médecin traitant, ni aux services d’accès aux soins (SAS) ou à la gradation des soins non programmés, ce qui les place en marge de l'organisation de la réponse aux besoins de santé essentiels que notre nation doit garantir.
Surtout, couplé à la nature plus légère des soins qui y sont dispensés, le fait que ces centres ne prévoient aucune permanence des soins sur les horaires les plus contraignants crée une situation inédite, dangereuse et de prédation de ressources hospitalières publiques. Nous en faisons déjà le constat dans plusieurs territoires, avec des urgentistes attirés par ces conditions de travail plus favorables – parce que pensées en dehors de toute logique de solidarité territoriale. Résultat : les difficultés de recrutement médical s’aggravent pour les services d’urgences, déjà en forte tension dans de nombreux établissements.
Les penser dans une logique globale de territoire
Soyons clairs, les CSNP peuvent constituer une solution utile pour permettre aux urgences hospitalières de se concentrer sur les cas les plus graves. Mais seulement s’ils sont pensés dans une logique globale sur les territoires et pas, tel que c’est le cas actuellement, comme des îlots indépendants du reste des acteurs de santé.
La seule priorité qui doit guider l’organisation de l’offre de soins est notre capacité collective à assurer un accès aux soins pour toutes et tous, sur tout le territoire. C’est pourquoi nous demandons que ces centres soient pleinement intégrés dans une stratégie globale de santé publique, et qu’ils assument les responsabilités qui s’ensuivent. En particulier, concernant leur participation à la permanence de soins.
À ce titre, l’article 21 du PLFSS 2026 doit être renforcé pour permettre de préciser le rôle de ces centres. Il est impératif que cet effort d’encadrement prévoit : la fixation d’objectifs quantitatifs et qualitatifs d’implantations pour les CNSP par les ARS après avis des conseils départementaux des ordres concernés et fondés sur les besoins de santé des territoires ; la participation systématique de ces centres à la permanence d’accès aux soins ambulatoires (PDSA) et leur nécessaire intégration dans le SAS ; la présence de médecins généralistes de premier recours ambulatoire ; qu’aucun tri de patients ni par pathologies ne soit réalisé : accès pour toutes et tous ; que tous les patients sans médecins traitants et sans autre recours y soient pris en charge.
Une régulation indispensable
Cette régulation est essentielle pour garantir une coordination avec les autres acteurs de santé, préserver les ressources humaines et matérielles des services d'urgence, assurer une distribution équitable des soins, renforcer l'efficacité du système de santé, et éviter les dérives qui pourraient fragiliser l'offre de soins à long terme.
La bataille de l’accès aux soins se gagnera avec le concours de toutes les bonnes volontés, à condition que cet effort soit concerté, cohérent et piloté territoire par territoire, au plus près des besoins de santé des populations.
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