Covid-19 : Les anticorps monoclonaux dans les starting-blocks

Par
Publié le 19/02/2021
Article réservé aux abonnés

Grâce à une action anti-virale précoce, les anticorps monoclonaux ciblant la protéine Spike du SARS-CoV-2 pourraient limiter le risque d’hospitalisation et de formes graves. Alors que les premières données cliniques sont positives, ces médicaments suscitent un intérêt croissant.

Crédit photo : SPL/PHANIE

Quelques mois après leur utilisation par Donald Trump, de plus en plus de voix appellent à la mise à disposition rapide des anticorps monoclonaux dirigés spécifiquement contre le SARS-CoV-2. Et pour cause : développées de novo pour cibler la protéine Spike du coronavirus et inhiber l’entrée de ce dernier dans les cellules humaines, ces molécules comptent parmi les candidats-traitements du Covid-19 les plus prometteurs.

Le bamlanivimab de Lilly et l’association casirivimab-imdévimab (aussi appelée REGN-COV2) de Regeneron ont en effet fait preuve de leur efficacité contre le SARS-CoV-2, son variant britannique, voire son clone sud-africain pour le REGN-COV-2. « Les anticorps monoclonaux anti-SARS-CoV-2 ont fait l’objet de deux essais randomisés contre placebo en double aveugle, qui ont démontré une diminution significative de la charge virale (…) et une diminution du risque d’hospitalisation », résume l’Académie nationale de médecine.

Le tout pour un profil d’innocuité satisfaisant, aucun effet indésirable grave n’ayant pour le moment été mis en évidence malgré les fortes doses nécessaires pour neutraliser toutes les particules virales, rapporte l’immunologiste Hervé Watier (Tours).

Un coût important

S’ils peuvent, comme le rappelle l’Académie de médecine, « être produits (…) à grande échelle et selon les mêmes contrôles de qualité que les biomédicaments (actuellement) utilisés », les anticorps monoclonaux ont cependant un défaut : leur coût. Celui-ci pourrait atteindre, d’après les estimations du Pr Watier, 1 000 à 2 000 euros par dose – sommes à comparer au coût des journées de réanimation que les anticorps monoclonaux pourraient permettre d’éviter, note toutefois l’immunologiste.

Adjoint au fait que ces molécules thérapeutiques ne peuvent être administrées que par perfusion, cela devrait conduire à réserver ces anticorps recombinants aux sujets vulnérables très récemment contaminés par le SARS-CoV-2, pour leur éviter un glissement vers une forme grave de Covid-19. Si des experts tels que le Pr Myron Cohen (Caroline du Nord) imaginent également une utilisation en prophylaxie chez les personnes allergiques aux vaccins par exemple, les anticorps monoclonaux apparaissent donc surtout comme un « traitement de première ligne » qui devrait pouvoir être prescrit par les généralistes, estime le Pr Watier.

La France à la traîne ?

Reste à savoir quand. Bien que la Food and Drug Administration ait attribué des autorisations au bamlanivimab et au REGN-COV2 dès novembre, que l’Italie et la République tchèque aient également approuvé ces traitements, que le gouvernement allemand ait commandé 200 000 doses et que l’Agence européenne des médicaments ait commencé à évaluer ce type de médicaments, la France ne semble pour le moment avoir émis ni ATU, ni proposition d’achat. « Or il ne faut pas attendre pour commander des doses », juge le Pr Watier. Un point de vue partagé par l’Académie de médecine, qui, face à « l’insuffisance de la couverture vaccinale des populations à haut risque », appelle à accélérer le processus de mise à disposition de ces produits.

Quoi qu’il en soit, la recherche se poursuit et de nouveaux anticorps monoclonaux ou combinaisons d’anticorps monoclonaux plus efficaces contre les nouveaux variants seraient déjà en développement. En France, une préparation d’immunoglobulines polyclonales appelée Xav-19 fait l’objet d’investigations cliniques de phase 3 (essai nantais Polycor). Selon la société Xénothéra, qui développe ce médicament, l’intérêt pourrait s’avérer double : présenter une faible sensibilité aux nouveaux variants et un coût moindre. 

Nouveaux espoirs pour le tocilizumab 

Autres anticorps monoclonaux prometteurs contre le Covid-19 : ceux qui ciblent les médiateurs de l’inflammation impliqués dans la tempête cytokinique liée aux formes graves. Parmi eux, le tocilizumab, antagoniste des récepteurs de l’IL-6, suscite à l’heure actuelle un regain d’intérêt.
Malgré de précédentes études aux résultats mitigés, la récente prépublication du vaste essai Recovery plaide plutôt en faveur d’une efficacité, du moins chez les patients hospitalisés présentant une hypoxie et une inflammation systémique. Parmi les 2 022 individus répondant à ces critères inclus dans le bras interventionnel de l’étude britannique, seuls 29 % sont en effet décédés à 28 jours, contre 33 % des 2 094 sujets recrutés dans le groupe témoin.
Une différence de 4 points qui « signifie que pour 25 patients traités avec
le tocilizumab, une vie supplémentaire (peut) être sauvée », calculent les auteurs.


Source : Le Généraliste