Ecos : les acteurs qui jouent les patients peuvent développer des symptômes vicariants

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Publié le 04/11/2025
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Dans le cadre des Ecos, un patient simulé sur cinq va vivre des symptômes liés à la maladie concernée par le scénario. Ces participants ont plus souvent des antécédents similaires et sont plus anxieux.

Crédit photo : BURGER/PHANIE

Parmi les acteurs de patients simulés pour les examens cliniques objectifs structurés (Ecos), 20 % vont développer dans la semaine des symptômes physiques similaires à leur cas clinique. Les personnes concernées ont souvent une expérience passée avec la situation simulée et des scores d’anxiété plus élevés.

Si la propension des acteurs de cas clinique à développer des symptômes non spécifiques de stress et d’anxiété est connue, une équipe de recherche a démontré que cela s’étend aussi aux sensations physiques associées au rôle joué. L’étude prospective, publiée dans BMC Medical Education, a été menée au sein de la faculté de médecine de Sorbonne Université, auprès de 244 patients simulés.

Les chercheurs ont défini les symptômes vicariants comme « des sensations ou symptômes physiques vécus par les patients simulés, liés à l’organe ou la maladie concernés par le scénario de l’Ecos (par exemple une douleur abdominale pour une situation avec un anévrisme de l’aorte abdominale) ».

Un plus grand inconfort lors de l’examen en cas de symptômes

Le jour des Ecos, 12 % des participants ont rapporté des symptômes vicariants (intensité médiane de 30 sur une échelle de 0 à 100). Durant la semaine suivant l’examen, 11 % ont eu de tels symptômes (intensité médiane de 50). Au total, ils étaient 20 % à développer ces symptômes le jour de l’examen et/ou la semaine suivante.

Une expérience personnelle avec une situation similaire et de plus grands scores sur l’échelle Illness Attitudes Scale (IAS) étaient associés à une plus grande occurrence de symptômes (adjusted odds ratio [aOR] respectivement de 3,07 et 1,03 par point). Plus précisément, pour l’IAS, l’analyse univariée a montré une corrélation avec le sous-item « préoccupations corporelles » (OR = 1,21). À ce titre, les chercheurs posent l’hypothèse que les patients seraient excessivement conscients de leurs sensations durant la simulation et les interpréteraient comme « inquiétants ». Les auteurs ont d’ailleurs noté que les participants aux Ecos ayant développé des symptômes le jour de l’examen ont plus fréquemment rendu compte d’inconfort durant la simulation (31 % contre 11 % de ceux n’ayant pas eu de symptômes).

Prêter attention aux antécédents médicaux pour la sélection des acteurs

« Les Ecos représentent aujourd'hui un pilier de l’évaluation des étudiants en médecine. Ces résultats soulignent la porosité entre simulation et expérience corporelle et invitent à repenser la préparation de la simulation médicale auprès des étudiants en médecine », commente sur LinkedIn le Dr Hugo Bottemane, coauteur de l’étude, psychiatre au Kremlin-Bicêtre (AP-HP) et chercheur au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations.

Puisque l’apparition de symptômes vicariants est associée au vécu des acteurs, celle-ci pourrait être évitée ou limitée en sélectionnant les participants sans antécédents personnels qui puissent être en lien avec le scénario clinique simulé. « En réduisant la résonance émotionnelle ou l’identification au rôle simulé, le risque de vivre des symptômes vicariants pourrait diminuer », soulignent les auteurs, suggérant par ailleurs d’instaurer des sessions structurées de débriefing après les simulations, particulièrement pour celles de haute intensité. « Un débriefing permet aux participants de traiter leurs réponses émotionnelles, aborder quelconque stress résiduel et mieux séparer l’expérience simulée de leur réalité individuelle », complètent les chercheurs.


Source : lequotidiendumedecin.fr