Médicament

La pharmacovigilance sera renforcée

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Publié le 07/09/2018
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Les différentes crises autour du médicament, et en particulier celle du Levothyrox ont conduit Agnès Buzyn à créer une mission pour améliorer la communication dans ce domaine. Un rapport a été remis en début de semaine à la ministre qui dans le même temps a annoncé un certain nombre de mesures.
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Crédit photo : BURGER/PHANIE

« Nous devons faire évoluer nos outils d’information sur le médicament », a admis Agnès Buzyn en début de semaine, lors de la remise d’un rapport* sur cette problématique. Ce document est le fruit du travail d’une mission mise en place en décembre 2017 suite à l’affaire Levothyrox qui avait révélé des dysfonctionnements en termes de communication. Cette mission a été co-présidée par le Dr Gérald Kierzek (médecin hospitalier et chroniqueur radio) et Magali Leo (Association Renaloo) qui ont précisé avoir aussi pris en compte les différentes crises impliquant d’autres médicaments comme la vaccination H1N1, Mediator, le valproate…

Lors de la remise de ce rapport, Agnès Buzyn a proposé des mesures qui seront initiées ou mises en place avant la fin de l’année. Certaines concernent le grand public, avec la volonté de mieux l’informer en intégrant par exemple sur le site du service public d’information en santé – santé.fr – la base de données publique des médicaments. Le rapport comprend aussi des propositions importantes destinées aux médecins, comme celle d’accroître la formation initiale et continue dans ce domaine. Cette mesure a d’ailleurs été retenue par la ministre, précisant qu’elle en tiendra compte lors de la prochaine réforme des études de santé.

De nouveaux outils

Comme le proposent les auteurs du rapport, Agnès Buzyn souhaite améliorer la veille sur la sécurité des produits de santé en optimisant certains outils et en utilisant de nouveaux canaux (renforcement de la pharmaco- épidémiologie, analyse des données des réseaux sociaux, utilisation du “data mining”…). La ministre, qui regrette que trop peu de médecins déclarent les effets indésirables de médicaments, engagera des travaux pour savoir comment davantage impliquer les praticiens dans cette démarche, en tenant compte de la réalité de leur exercice.

Mieux alerter les médecins

Des mesures vont être également prises pour que les praticiens soient mieux alertés en cas de problème avec un traitement, en augmentant leur inscription à "DGS-urgent" de manière systématique (le but est de toucher 564 000 professionnels de santé, contre environ 180 000 inscrits aujourd’hui). Agnès Buzyn souhaite aussi favoriser l’utilisation par l’ensemble des praticiens de la messagerie sécurisée MSSanté qui permet, entre autres, de diffuser des messages d’alerte aux professionnels de santé (actuellement, seuls 48 % des médecins libéraux en disposent).

Si certaines propositions n’ont pour l’heure pas été retenues par la ministre de la Santé, celle-ci a indiqué qu’elles vont nourrir la réflexion et des pistes d’amélioration. Verra-t-on un jour la création d’une plateforme “Médicament Info Service” comme le suggère le rapport ? L’avenir le dira.

LEVOTHYROX : UNE COMMUNICATION TRÈS CRITIQUÉE !

La mission qui a travaillé sur l’amélioration de l’information sur le médicament est revenue sur l’affaire Levothyrox : « Sans préjuger de l’analyse plus approfondie qu’en feront les chercheurs en sciences humaines et sociales qui se saisiront sans doute de cet épisode, la mission a identifié plusieurs problèmes. » Ces précautions formulées, la critique est sévère vis-à-vis de nos autorités sanitaires. Le rapport déplore une absence d’anticipation et d’accompagnement ; un biais “techniciste” de l’information et une communication très ancrée sur des données scientifiques qui ont occulté les besoins d’accompagnement des patients. Le manque de réaction des autorités sanitaires aux nombreuses alertes sur le web et les réseaux sociaux a été aussi jugé dommageable. En début de crise, « la pétition diffusée en juin 2017 sur le site change.org est passée à peu près inaperçue ». Le rapport n’hésite pas à parler d’une « communication de crise artisanale ». Le message a été considéré par la mission comme mal coordonné entre l’ANSM et le ministère de la Santé, mal assumée dans la durée, avec « l’impression générale d’une rétention d’informations ». Le ressenti et les plaintes des malades ont été minimisés, mal appréciés : pour expliquer les effets secondaires encore mal analysés aujourd’hui, « l’effet nocebo a été très vite évoqué ».

Dr Nicolas Evrard

Source : lequotidiendumedecin.fr