Pour ou contre ?

L’obligation de vaccination anti-grippale des soignants

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Publié le 16/02/2018
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Et si vous étiez contraints de vous vacciner contre la grippe ? Agnès Buzyn avait averti en janvier que la vaccination anti-grippale des professionnels de santé pourrait redevenir obligatoire si le taux de couverture des soignants ne progressait pas dans les années à venir. Dans son rapport public annuel, la Cour des comptes préconise cette disposition, la vaccination des soignants revêtant « un caractère encore accru d’exemplarité dans le contexte nouveau d’extension des obligations vaccinales de la petite enfance ». Cette obligation vous conviendrait-elle ? Deux confrères confient leur point de vue au Généraliste.

« Les médecins doivent être des exemples »

Pourquoi êtes-vous favorable à l’obligation ?

Dr Michel Pinson, médecin coordonnateur en EHPAD à Montargis (Loiret) Pendant 37 ans, je me suis vacciné systématiquement. La seule année où je ne l’ai pas fait, j’ai eu un épisode grippal. Cela m’a conforté sur le fait qu’il fallait que je me vaccine les années suivantes. J’y suis favorable déjà pour me protéger moi et être opérationnel, mais aussi pour protéger mon entourage, mes patients, ma famille. Les médecins doivent être des exemples.

Beaucoup de vos confrères sont opposés à cette mesure... 
Un médecin qui y est opposé vous dira : « Le vaccin ne protège pas intégralement ». Mais compte tenu du peu d’effets secondaires, que risque-t-on à se vacciner ? Si le vaccin protège à 70 %, le médecin aura au moins ces chances là. Vis-à-vis de son entourage, c’est aussi un acte civique. Si un praticien ne se vaccine pas et qu’il est au contact de patients grippés, il s’expose à attraper le virus, à être absent quelques jours et risque de le propager.

L’obligation est-elle la meilleure des solutions ?

Oui ! Il ne faut pas oublier qu’elle fut un temps obligatoire (quelques mois en 2006 avant d’être suspendue, ndlr). On a fortement incité les professionnels de santé à se vacciner, on voit ce que ça donne. Je crois qu’il faut revenir à une forme d’obligation et c’est ce qui va finir par arriver. J’avoue que la contrainte me gêne. Mais dans la mesure où ils ont reçu une formation médicale, les médecins devraient être persuadés du bien-fondé de cette vaccination. Ne pas contraindre me semble difficile. 

Que diriez-vous à un confrère qui refuse de se vacciner contre la grippe ?

Je comprends que certains puissent être réticents, chacun devrait être libre de pouvoir décider en son âme et conscience s’il se vaccine ou non. Je ne le vouerais pas aux gémonies. Mais si des maladies ont disparu, c’est parce qu’on a développé la vaccination.

« Trop d’obligations pèsent déjà sur le corps médical »

Pourquoi êtes-vous contre l’obligation ?

Dr Paul Vo Quang Dang, généraliste à Paris Le vaccin n’est pas un problème en soi. Mais trop d’obligations pèsent déjà sur le corps médical, qui est fatigué. On lui en demande trop. Il y a donc une résistance inconsciente. On ne peut pas passer du jour au lendemain à 11 vaccins obligatoires par exemple. Il faut trouver les solutions pour que le corps médical adhère à un projet. Pour l’instant, l’explication scientifique n’est pas suffisante pour que le médecin suive sans discussion une telle directive du gouvernement. L’État a une attitude trop paternaliste.

Les médecins ne doivent-ils pas montrer l’exemple ?

Les médecins se décarcassent tous les jours pour leurs patients. Ils prouvent tous les jours leur exemplarité ! Lier la vaccination des soignants à la notion d’exemplarité vis-à-vis des patients est déplacé. Il faut utiliser un autre terme.

Comment vous protégez-vous contre la grippe ?

Je n’ai jamais été grippé. Bien sûr, en étant au contact de patients toute la journée, il y a un risque. Mais nous, médecins, prenons des précautions. Nous ne sommes pas fous, nous ne voulons pas contaminer nos proches. On se lave les mains entre chaque consultation. Quand un patient a de la toux, on porte un masque. Le gouvernement a raison de se soucier de la vaccination, mais il faut changer d’argumentation. Nous sommes conscients que nous soignons des personnes à risque et que nous pouvons tomber malade. Se laver les mains avec une solution hydroalcoolique réduit déjà de 90 % les chances de contracter toute pathologie contagieuse de contact.

Ne craignez-vous pas des poursuites contre les médecins non vaccinés ?

Si le gouvernement pense qu’il faut sanctionner les médecins pour qu’ils se vaccinent, ils suivront. Mais pas pour longtemps, car la contestation s’organisera. Demander au corps médical d’obéir sous peine de sanction, ce n’est pas une bonne chose.

Stéphane Lancelot

Source : lequotidiendumedecin.fr