L’observatoire santé PRO BTP et le centre de recherche de l’Institut Rafaël (Levallois-Perret) ont présenté ce mardi 23 janvier 2024 les premiers résultats de leur étude sur l’addiction aux écrans. Forte des données de 21 244 répondeurs*, l’étude présente des chiffres alarmants sur les comportements vis-à-vis des écrans, et plus précisément des smartphones.
Mais de quoi parlons-nous dans le domaine de « l’addiction aux écrans » ? La littérature scientifique va dans le sens d’un usage des écrans associé à une addiction comportementale. Cependant, explique le Pr Laurent Karila, psychiatre et addictologue à l’Université Paris Saclay, « il n’est pas encore possible, sur le plan physiopathologique, de dire que c’est réellement comme une addiction ». Le professeur dénonce surtout un usage mauvais et excessif du smartphone qui peut mener à un comportement addictif ; ce dernier se caractérisant par « des usages problématiques, à une mise en danger de soi et à un isolement social ». Pour lui, le signal d’alarme d’un comportement addictif est celui de « se sentir mal sans son smartphone » et peut faire l’objet d’une consultation spécialisée pour comprendre cette relation malsaine.
L’usage excessif se traduit par plusieurs chiffres dans l’étude :
· 71 % des répondants déclarent ne pas pouvoir se passer de leur smartphone, ce « compagnon de tous les instants » ;
· 1 jeune sur quatre passe plus de trois heures sur un écran ;
· 61 % ont un besoin irrésistible de se connecter ;
· 57 % sont mal à l’aise sans leur smartphone ;
· 60 % des utilisateurs de smartphone le vérifient plusieurs fois par jour même s’il n’y a rien de nouveau.
Pour les experts, ces trois derniers chiffres relèvent d’un rapport de dépendance au smartphone.
Des conséquences multiples
Pour la Pr Martine Duclos, endocrinologue et physiologiste au CHU de Clermont-Ferrand, les conséquences de l’usage excessif des écrans se manifestent de plusieurs manières sur l’organisme et sur le comportement social. Au niveau physiologique, le temps passé sur les écrans est un temps qui ne sera pas dédié à d’autres activités physiques ou intellectuelles, il favorise ainsi la sédentarité. De plus, les écrans peuvent perturber le rythme circadien, et notamment la sécrétion de mélatonine.
Concernant les activités menées sur les écrans, certains utilisateurs présentent des troubles anxieux chroniques liés aux smartphones, comme la peur de rater quelque chose appelée « Fear Of Missing Out », ou celle d’être oublié… Enfin, la solution des smartphones peut constituer un refuge favorisant l’isolement social et l’évitement d’une rencontre « en vrai » par le « phubbing » (snober par le téléphone). C’est « chercher l’autre sans interagir avec lui », explique Martine Duclos. « Ces conséquences sont le lit des maladies chroniques, et notamment chez les adolescents qui sont aujourd’hui moins de 5 % à suivre les recommandations concernant l’activité physique et le temps assis », conclut-elle.
L’étude montre également une grande incidence des comportements à risque liés aux écrans, puisque 33 % des répondants déclarent jeter un œil à leur smartphone au volant ou encore répondre à leur message pour 14 % d’entre eux.
Le Smartphone Compulsion Test
Au sein de la consultation qui a permis de récolter les données de cette étude, les répondants ont passé le Smartphone Compulsion Test qui permet d’ébaucher le type d’usage du smartphone. Les usages sont répartis en quatre catégories, pour un score allant de 0 à 15. L’étude a retrouvé : un usage addictif pour 38 % d’entre eux ; un usage problématique pour 29 % ; un hyperusage non pathologique pour 17 % ; un usage modéré pour 12 %. Le score moyen des répondants de l’étude était de 7,6 et correspondait à un usage problématique.
Une guideline pratique ?
« Il faut que nous puissions avoir un regard critique sur ce que nous faisons avec les téléphones, mais il est important de ne pas faire de généralités lorsqu’il s’agit d’écran, car leur usage est vaste et dépend de beaucoup de facteurs, tout ne mène pas forcément à l’addiction », appuie le Pr Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et neurosciences cognitives de l’éducation et membre du groupe d’experts mandatés par le gouvernement sur l’usage des écrans par les enfants.
Ainsi, le Pr Laurent Karila détaille-t-il l’acronyme GERM qui permet, selon lui, de prévenir un comportement addictif aux écrans : G pour gérer le temps, E pour efficience de l’activité sur l’écran, R pour repérer les usages problématiques, M pour modéliser un usage sain des écrans.
À l’heure où les entreprises capitalisent sur notre propension à être absorbés par les écrans, il est primordial de trouver le moyen de faire de la prévention quant au mésusage et à l’usage abusif des écrans.
*les répondeurs sont des adhérents de PRO BTP Groupe
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention