Si la période 2020-2021 a été marquée par la pandémie de Covid-19, elle s’est aussi accompagnée, du moins en France, d’un recul des autres maladies infectieuses. En effet, les mesures de freinage de la circulation du SARS-CoV-2 – distanciation sociale, confinements et couvre-feux successifs, lavage des mains, port du masque, etc. – auront eu raison de la plupart des épidémies habituelles. Ainsi Santé Publique France a-t-elle enregistré, d’après des rapports publiés en avril, un nombre de cas de rougeole « près de 10 fois inférieur (en 2020) à celui observé en 2019 », ou, cette année, une absence de circulation active des virus grippaux et une forte réduction du nombre de cas de gastro-entérite. Un phénomène a priori positif, mais qui interroge sur l’après-Covid-19.
Un niveau de circulation des pathogènes anormalement bas
Car ce qui est certain, suggère le Dr Judith Mueller, épidémiologiste à l’EHESP et à l’Institut Pasteur (Paris), c’est qu’avec la fin de la crise sanitaire et l’application moins systématique des mesures barrières, les maladies infectieuses vont revenir. « Le niveau de circulation actuel des pathogènes ne correspond pas au niveau normal », insiste-t-elle. Reste à savoir si cette résurgence se fera très progressivement ou au contraire plus brutalement, avec un fort rebond des maladies transmissibles. Pour tenter de répondre et d’entrevoir la situation épidémiologique qui pourrait prévaloir après la crise, il faut s’intéresser à trois axes d’analyse, explique le Dr Mueller.
« On peut d’abord spéculer sur la possibilité que l’absence de circulation des pathogènes ait modifié leur écologie », indique-t-elle, avec deux options possibles. Soit l’absence des pathogènes habituels a laissé la place à des sous-groupes d’agents infectieux particulièrement pathogènes ou virulents, soit cette situation a au contraire conduit à la disparition des souches de micro-organismes les plus agressives. « Personnellement, je n’ai en tête aucun pathogène dont l’écologie aurait pu être modifiée dans un sens défavorable », rassure l’épidémiologiste, qui cite l’exemple de la méningite. « Dans le cas du méningocoque, les souches très virulentes pourraient plutôt avoir été éliminées car, contrairement aux autres, ces souches ont besoin pour exister d’une circulation très active », détaille le Dr Mueller. Une hypothèse plutôt solide, fondée sur des phénomènes observés dans le passé. « Une campagne de vaccination mise en place en Angleterre avec un vaccin capable d’interrompre la transmission de ces souches a permis de stopper la circulation de celles-ci et ce, durablement, au-delà de la persistance de l’immunité », rappelle-t-elle.
Le risque de rebond des infections dépendra aussi de l’immunité des populations aux pathogènes habituels. « A-t-on perdu notre immunité naturelle du fait de l’absence de circulation de pathogènes à bas bruit et donc de réimmunisations régulières ? », auquel cas une forte recrudescence des maladies infectieuses pourrait être observée, s’interroge Judith Mueller. « On sait que les réexpositions aux pathogènes sont importantes pour le système immunitaire : par exemple, le risque de développer le zona est moindre en cas de contacts occasionnels avec de jeunes enfants touchés par la varicelle », souligne-t-elle.
L’immunité de fond en question
Toutefois, l’immunité développée contre la plupart des pathogènes semble persister pendant une période relativement longue, aussi une seule année de baisse des expositions ne devrait pas suffire à observer un réel déclin de l’immunité naturelle dans la population. De même, bien que l’OMS s’inquiète d’un recul des vaccinations dans le monde, le phénomène ne devrait pas, en France, avoir un impact important. Sur le territoire, la vaccination infantile est obligatoire, et les doses manquées seront rattrapées. Pour les rappels, une baisse des vaccinations pendant une année ne suffira probablement pas à entraîner une émergence épidémique, estime Judith Mueller.
Enfin, l’intensité du retour des maladies infectieuses sera aussi fonction des comportements de la population. En effet, plus les mesures de freinage continueront d’être appliquées, moins la résurgence des infections devrait être forte. Or, d’après le Dr Mueller, la persistance des gestes barrières après la crise constitue une inconnue importante. « Si, en Asie, la population a conservé l’habitude de porter un masque dans certains lieux publics après l’épidémie de SRAS en 2003, il n’est pas certain que le phénomène se répète dans le monde entier et en particulier en Europe et en France après le Covid-19 », juge l’épidémiologiste, qui appelle à conduire des études à ce sujet.
Post-Covid, faut-il craindre un rebond des autres infections ?
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Publié le 03/05/2021
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Complètement éclipsées par le Covid-19, les maladies infectieuses classiques risquent-elles de revenir en force une fois l’épidémie circonscrite ? La question se pose, alors que certaines vaccinations ont pu prendre du retard et que l’écologie et la circulation de différents pathogènes ont pu être modifiées.

Crédit photo : SPL/PHANIE
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Source : lequotidiendumedecin.fr
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