Vaccins anti-Covid : de premières données détaillées publiées

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Publié le 09/12/2020
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Crédit photo : VOISIN/PHANIE

Après la multiplication des annonces des laboratoires à propos de leur candidat vaccin, des données plus détaillées commencent à être rendues publiques.

Ainsi, des résultats intermédiaires d’essais de phase 1/2/3 concernant le vaccin à vecteur viral d’AstraZeneca-Oxford ont été publiés hier dans le Lancet. « Aucun essai antérieur n'a été publié sur l'efficacité d'un vaccin contre le coronavirus à vecteur viral et cette étude fournit donc la première preuve examinée par des pairs de l'induction d'une réponse immunitaire [par un tel vaccin] », se félicitent les auteurs de ce travail.

En fait, ces données proviennent de 4 essais cliniques randomisés de phase 1, 2 ou 3 : COV001 (phase 1/2, conduit au Royaume-Uni), COV002 (phase 2/3, mené aussi au Royaume-Uni), COV003 (phase 3, conduit au Brésil), and COV005 (phase 1/2, réalisé en Afrique du Sud). Plus précisément, les données d’innocuité analysées sont extraites de tous ces essais cliniques, quand les données d’efficacité proviennent uniquement des deux essais de phase 3 menés au Royaume-Uni (COV002) et au Brésil (COV003).

Une efficacité de 70 % en moyenne confirmée pour le vaccin d'AstraZeneca

Résultats de cette analyse intermédiaire : l’efficacité du vaccin peut être estimée à 70 % deux semaines après l’administration de deux doses, seules 30 personnes sur les 5 807 recrutées dans les bras interventionnels des deux essais de phase 3 ayant contracté des formes symptomatiques de Covid-19, contre 101 parmi les 5 829 ayant reçu un placebo.

Cependant, ce pourcentage d’efficacité est en fait une moyenne. Les deux essais COV002 et COV003 ont en fait donné des résultats éloignés, et ce en raison d’une différence de protocole. À cause d’une erreur, plus d’un millier de patients inclus dans le bras interventionnel de l’étude COV002 anglaise ont reçu en première injection une demi-dose de vaccin à la place de la dose complète initialement prévue et administrée aux autres sujets des bras interventionnels de COV002 et COV003. Or, de façon surprenante, et sans que l'on sache vraiment l'expliquer, cette erreur s’est soldée par une augmentation importante de l’efficacité du vaccin. Si celle-ci dépasse en fait tout juste les 62 % chez les patients brésiliens et britanniques ayant reçu deux doses standards, elle atteint 90 % chez ceux ayant reçu une demi-dose en première injection.

L’étude du Lancet évoque également un profil d’innocuité satisfaisant. Sur les 24 000 sujets inclus dans les quatre essais, 168 ont présenté des effets indésirables graves, dont une majorité (91) dans les bras témoins. Alors que les essais avaient été suspendus temporairement suite à trois cas particulièrement préoccupants, seul un cas de myélite transverse apparaît finalement possiblement lié au vaccin. Tous les patients concernés auraient toutefois guéri ou seraient en voie de se rétablir, précisent les auteurs.

Quoi qu’il en soit, des données supplémentaires sont requises pour s’assurer notamment des effets du vaccin contre les formes asymptomatiques (quelques données sont disponibles mais ne sont pas suffisamment nombreuses), contre les formes de Covid-19 grave (seuls 10 cas – tous enregistrés dans les bras témoins – sont survenus au cours des essais, ce qui ne permet pas de conclure), la durée de protection (les premiers essais ayant été lancés en avril, on dispose encore de peu de recul), pour prévenir la transmission du virus et dans des sous-populations présentant des comorbidités ou âgées (les inclusions de personnes de plus de 55 ans ayant commencé tardivement, et aucune personne de cette tranche d'âge n’ayant reçu le schéma incluant une demi-dose, trop peu de données ont encore été colligées). D’autres travaux devront par ailleurs être conduits afin de déterminer le mécanisme de l’augmentation inattendue de l’efficacité du vaccin avec un schéma demi-dose puis dose complète.

Des données sur le vaccin de Pfizer soumises à la FDA

Ces données du vaccin d’AstraZeneca ne sont pas les seules à avoir été divulguées ces derniers jours. En effet, un document de travail de la FDA – qui devrait servir de support à une réunion prévue demain – détaillant des données d’efficacité et de sécurité du vaccin de Pfizer-BioNTech colligées par les laboratoires a également été mis en ligne.

Ce document suggère que ce vaccin à ARNm, administré en deux doses à 3 semaines d’intervalle, semble efficace à 95 % contre le Covid-19. Des données d’essai de phase 3 montrent en effet que sur environ 40 000 patients et après les deux injections, moins de 10 cas de Covid-19 ont émergé au sein du bras interventionnel, contre plus de 160 dans le groupe témoin. Reste cependant, comme avec le vaccin d’AstraZeneca, à préciser l’efficacité du vaccin de Pfizer notamment dans le temps, auprès des populations pédiatriques, des sujets particulièrement vulnérables ou déjà infectées par le SARS-CoV-2, ou encore contre les infections asymptomatiques, sur la mortalité et sur la transmission du virus.

En outre, si le vaccin semble très réactogène - plus de la moitié des sujets vaccinés ont expérimenté des réactions au site d’injection, de la fatigue ou des maux de tête, et 15 à 40 % d’entre eux des douleurs musculaires, des frissons ou de la fièvre -, son profil de sécurité semble lui aussi satisfaisant. « La fréquence des effets indésirables sévères est faible (inférieure à 0,05 %), sans déséquilibre significatif entre les deux bras », précise en effet le document. Des inconnues subsistent cependant concernant la sécurité d’emploi du vaccin dans certaines sous-populations, de possibles effets secondaires particulièrement rares « qui nécessitent un suivi plus long pour être détectées », etc.

Dans tous les cas, une seconde réunion de la FDA étant prévue en fin de semaine prochaine au sujet du vaccin de Moderna, un second document de ce genre concernant ce dernier vaccin pourrait être mis en ligne dans les jours qui viennent.


Source : lequotidiendumedecin.fr