Anxiété, dépression, addictions… L’augmentation de la prévalence des troubles psychiatriques chez les adolescents et jeunes adultes, qui pointait déjà dans les années 2010, s’est accélérée depuis le début de la pandémie Covid. Cette tendance s’explique d’abord par un meilleur repérage. Les professionnels de santé y prêtent davantage attention et les jeunes expriment plus facilement leur mal-être, dont les causes ont évolué ces dernières années.
« On détecte mieux et on a plus de solutions », se réjouit la Dr Aline Lefebvre, pédopsychiatre et cheffe du service Avis spécialisés et expertises au centre hospitalier Fondation Vallée à Gentilly, lors d’une conférence des contrepoints de la santé.
Chez les 15-25 ans, les troubles anxiodépressifs et les troubles d’usage de substances sont très marqués. « Les jeunes ont une lucidité environnementale importante, ce qui crée de l’écoanxiété et des inquiétudes », témoigne le Pr Amine Benyamina, chef du service d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) et président de la Fédération française d’addictologie, rappelant que dans les troubles addictifs, « les comorbidités psychiatriques sont la règle, pas une exception ».
Addiction et dépression frappent de plus en plus tôt
Point positif, les jeunes consomment moins de substances. Néanmoins, ils commencent à consommer de plus en plus précocement. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), l’usage quotidien de l’e-cigarette concernait 1,4 % des collégiens en 2022. Pour l’alcool, 27 % des sixièmes et 74 % des terminales en ont déjà consommé.
Avec l’augmentation annoncée des taxes pour l’export aux États-Unis, le Pr Benyamina craint une aggravation du phénomène. « Les lobbies de l’alcool vont redéverser localement leur marché et (…) renouveler les régiments de consommateurs en ciblant les femmes et les enfants », s’alarme-t-il.
Surviennent aussi plus précocement les gestes suicidaires et l’automutilation, qui s’observe dès la préadolescence, surtout chez les jeunes filles, et entraîne une hausse de passages aux urgences.
De nouvelles modalités de l’addiction
« Ce n’est pas l’écran qui crée des pathologies », signale le Dr Étienne Pot, médecin en santé publique et délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement. D’ailleurs, les écrans peuvent être des outils thérapeutiques : aider à la communication, maintenir le contact, téléconsulter dans les déserts médicaux, etc. « Mais, indique la Dr Lefebvre, il faut admettre qu’ils ont totalement phagocyté la vie des jeunes. » Et d’expliquer que « le temps passé derrière un écran est du temps passé à ne pas interagir avec d’autres personnes, un élément clé de la régulation émotionnelle. » S’ajoute à cela le cyberharcèlement, dont la pression constante et massive atteint fortement les jeunes exposés.
L’addiction est révolutionnée par le digital
Pr Amine Benyamina, chef du service d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif)
Les outils numériques sont aussi impliqués dans l’évolution des comportements d’usages de substances. Le Pr Benyamina alerte : « L’addiction est révolutionnée par le digital. Les points de deal se font sur le dark web, on peut recevoir des drogues de synthèse par voie postale. » Un élément problématique, ce d’autant qu’il existe une forte diversification des produits et que les jeunes deviennent plus expérimentateurs.
La santé mentale des enfants et adolescents subit l’évolution des modes de vie (familles isolées, précarité). Le Dr Pot le revendique : « La précarité et la très grande précarité sont des facteurs aggravants des conditions psychiatriques. Et la prévention n’est pas assez intégrée dans la politique publique. » Malgré la crise de la psychiatrie et le manque de temps, la Dr Lefebvre invite psychiatres et médecins traitants à communiquer activement pour la continuité des soins et le partage d’expertise.
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