Des données pour repérer. C’est dans le but principal d’informer sur les facteurs de risque et les signes avant-coureurs du suicide que le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) vient de publier un numéro spécial à l’occasion de la 29e semaine de prévention du suicide (3-9 février).
Plusieurs articles du BEH s’appuyant sur différentes études décortiquent et analysent des déterminants psychologiques et environnementaux, à commencer par identifier de manière générale les populations vulnérables. « Le fait d’être une femme, célibataire, divorcé ou veuf, les situations financières difficiles, l’inactivité professionnelle ainsi que les événements traumatisants sont associées aux comportements suicidaires », soulignent les auteurs d’un article qui s’est appuyé sur des données du dernier Baromètre Santé (sur un échantillon représentatif de 25 319 personnes âgées de 18-75 ans). Ce n’est pas la première fois qu’une analyse sur ce sujet est effectuée. Ainsi, entre 2005 et 2017, chez les femmes, la prévalence des tentatives de suicide (TS) au cours de la vie est passée de 7,6 % à 9,9 %. Côté masculin, cette augmentation est moins importante : 3,6 % à 4,4 %. La majorité des TS ont lieu avant l’âge de 25 ans.
Parmi les autres facteurs favorisants, des antécédents de violences sexuelles multiplient par 4,5 le risque de TS chez les hommes et de 3,5 chez les femmes. Avoir connu, avant 18 ans, le décès ou la maladie d’un parent augmente aussi le risque de TS chez les femmes.
Les risques du métier
D’autres données issues du Baromètre Santé provenant de 14 536 personnes actives en 2017, montrent que la prévalence de pensées suicidaires était de 4,5 % chez les femmes, contre 3,1 % chez les hommes. « Les secteurs les plus touchés étaient ceux de l’hébergement et restauration, des arts et des spectacles ainsi que de l’enseignement », constatent les auteurs de l’article. Plus d’un tiers des personnes ayant des pensées suicidaires les attribuaient à des raisons professionnelles. Côté masculin, ces pensées étaient plus courantes chez les agriculteurs exploitants (3,5 %) et artisans, commerçants et chefs d’entreprise (3,6 %).
60 % de pathologies psychiatriques
À côté de cette réalité socio-professionnelle, le BEH souligne l’importance des troubles psychiatriques dans les comportements suicidaires. Ainsi, un épisode dépressif au cours de l’année est associé à des pensées suicidaires (ORa = 8,3 pour les hommes et ORa = 6,6 pour les femmes).
Une étude portant sur les caractéristiques des hospitalisations en soins de courte durée pour TS, entre 2008 et 2017, montre qu’une pathologie psychiatrique a été identifiée dans 61 % des cas. La dépression (32 % des séjours), les troubles mentaux et du comportement liés à l’alcool (23 %), les troubles anxieux (10 %) sont les principaux problèmes notés. Les troubles psychotiques, bipolaires, de l’alimentation sont quant à eux beaucoup plus rares.
Un autre travail de Santé publique France portant sur l’analyse des 156 910 décès par suicide chez des sujets de plus de 10 ans, déclarés entre 2000 et 2014, a permis d’établir que les troubles mentaux étaient associés dans environ 40 % des cas. Ce résultat a pu être établi grâce à l’analyse des certificats de décès (avec leur limite à rendre compte des comorbidités).
Dernier point important : d’après le dernier rapport de l’Observatoire national du suicide, en 2014, il y eut près de 10 000 décès par suicide (3/4 environ sont des hommes). Malgré une baisse de 26 % en 10 ans, nous avons un des taux de suicide le plus élevé d’Europe. Aussi est-il important dans ce domaine de faire mieux, en améliorant notre évaluation des risques et notre prévention.
La publication de cette étude est concomittante à l'annonce du suicide d'un chirurgien de 57 ans, survenu dimanche 3 février dans les locaux de l'hôpital Avicenne (Assistance publique – hôpitaux de Paris), à Bobigny, qui a particulièrement touché la communauté médicale (lire l'article du Quotidien du Médecin).
L'affaire de tous
Une campagne de communication britannique intitulée « Small talk saves lives » sur la prévention du suicide, insiste sur l'intervention de tout un chacun pour éviter le passage à l'acte. Dans une courte vidéo, on voit un homme près d'une voie ferrée être interpellé par une femme qui l'aborde en lui parlant du temps, et de s'apercevoir qu'il ne va pas bien et intervient... Cette vidéo est signée du British Transport Police, de Britain Runs on Rail et Network Rail.
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