En 2012, au CHU de Caen, l’étude randomisée SEDIC montrait l’intérêt d’un suivi éducatif par télémédecine à domicile (système SCAD [suivi clinique à domicile] pendant 3 mois) par rapport à un suivi classique chez 90 patients sortant d’hospitalisation pour décompensation cardiaque (78 % d’hommes, âge moyen 78 ans).
À un an, l’étude note une diminution de 46 % des réhospitalisations et une diminution de la mortalité lors de réhospitalisations dans le groupe SCAD. « L’état des patients réhospitalisés pour insuffisance cardiaque était moins sévère dans le groupe télésuivi », indique le Pr Sabatier.
Rendre le patient acteur
Chaque jour, le système interactif SCAD interroge le patient via un terminal tactile sur ses symptômes, signes vitaux, son alimentation et son activité physique. « Selon les réponses, un algorithme élaboré par notre équipe génère des questions, affine l’auto-évaluation du patient, voire émet des alertes sous forme de conseils (régime sans sel, consulter médecin traitant ou cardiologue, etc.). Ce n’est pas un système d’urgence », précise le Pr Sabatier.
Plus qu’un simple suivi de paramètres à domicile, l’objectif du SCAD est de rendre le patient acteur de sa maladie. Derrière le terminal et l’algorithme, il y a une infirmière gestionnaire de suivi, spécialisée dans l’insuffisance cardiaque. Elle connaît le patient, traite les alertes, s’assure du suivi des conseils, et l’assiste. Pour le spécialiste, « ce binôme machine/infirmière est l’une des clés du succès ».
Acquérir des réflexes
Le SCAD permet ainsi un stage de 3 mois d’éducation thérapeutique basée sur le programme ICARE. « Les réflexes finissent par rentrer (en cas d’œdèmes ou d’écart de régime sans sel, se surveiller le lendemain, appeler, etc.). Ils persistent mieux à un an qu’après quelques ateliers. Le patient intègre que les symptômes ne régressent pas spontanément et réagit plus vite pour ne pas être réhospitalisé ! », explique le Pr Sabatier.
Application sur androïd
Le SCAD évolue. Depuis décembre 2016, une application (SCAD) disponible sur internet et androïd, facilite la mobilité des patients. Elle pourra intégrer des objets connectés (balance, tensiomètre…) avec saisie des données, par le patient (autosurveillance) et par transmission automatique. « La saisie automatique pourrait être une piste de télésuivi pour les patients rétifs, qui préfèrent rester passifs face à leur maladie ».
L’arrêté du 6 décembre 2016 ouvre le financement à l’acte du télésuivi. Un insuffisant cardiaque chronique peut être télésuivi si le médecin de télésuivi exerce en Alsace, Normandie, Bourgogne, Centre-Val de Loire, Occitanie, Martinique, Pays de la Loire ou Hauts-de-France.
L’équipe du CHU de Caen travaille avec la région Centre-Val de Loire et devrait étendre le SCAD à toute la Normandie avec le prestataire Covalia. « Le SCAD sera évalué à plus long terme et mériterait d’être développé dans d’autres pathologies chroniques », conclut le Pr Sabatier.
D’après un entretien avec le Pr Rémi Sabatier, CHU de Caen
(1) Journal officiel n° 291 du 15 décembre 2016
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