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LE TIERS PAYANT fait le buzz, mais quid du tiers exclu ? C’est un peu la réflexion à laquelle j’ai été amené en lisant en détail le document de 32 pages distribué le 23 septembre dernier, lors de la présentation de la stratégie nationale de santé par Marisol Touraine. Au détour de ce document, quatre lignes, aussi édifiantes que discrètes pour les auxiliaires médicaux en général et les masseurs kinésithérapeutes en particulier, m’ont laissé pantois.
« Le développement de nouveaux métiers de santé, correspondant à un niveau de formation intermédiaire entre celui des auxiliaires médicaux et celui des médecins, de même que la concrétisation de transferts de compétences, permettra d’atténuer les conséquences du déficit démographique en médecine générale… Ces nouveaux métiers permettront de mieux répondre aux besoins de la population et à la prise en charge des patients atteints de maladie chronique (accompagnement de la personne, dans son contexte familial, pour tous les aspects de la santé : éducation pour la santé, dépistage, vaccination, éducation thérapeutique…). »
Pour une fois, le discours a le mérite de la clarté : plutôt que de mieux former les masseurs kinésithérapeutes, à l’instar de ce qui se passe partout ailleurs en Europe, (hormis peut-être en Albanie), pour combler le fossé qui existe entre notre diplôme d’État reconnu Bac +2 et le niveau bac +9 d’un médecin, on préfère créer de nouvelles professions. Lesquelles ? Cela reste de l’ordre du non-dit.
Techniciens ou ingénieurs ?
Mais, sans être écrit on pense immédiatement à des professions de niveau grade Master (bac +5) ou en demande très forte pour être reconnues professions de santé. Si en plus cela correspond à des professions qui aujourd’hui sont plus proches de Pôle Emploi que du plein-emploi, c’est bingo pour le gouvernement.
Sans être grand clerc, on peut ainsi spéculer sur un reclassement annoncé des milliers d’ostéo ni-ni (ni médecin, ni kinés) et autres STAPS dont les débouchés sont aujourd’hui très problématiques.
Le transfert de compétences dont parle la ministre se fera bien évidemment entre les médecins et ces nouvelles professions. Pour les masseurs-kinésithérapeutes : circulez, il n’y a rien à voir. Chères consœurs, chers confrères, rassurez-vous, vous pourrez continuer à être de bons techniciens, sans jamais devenir de véritables ingénieurs.
Si on rapproche cette présentation de la laborieuse réingénierie de notre formation initiale, on comprend mieux les atermoiements du gouvernement qui remet sans cesse l’avancement des travaux au lendemain. Une procrastination désormais explicitée pour une profession encore sacrifiée.
Pourquoi faire miroiter à une profession un niveau Master quand on a décidé, dans son dos, sans aucune concertation, de bâtir un autre schéma où on l’a carrément exclue ?
Jusqu’à quand la profession acceptera de se faire tondre sans regimber ?
Dresser des ponts entre les différentes professions de santé est souhaitable, tout comme le renouvellement des modes de prises en charge. L’œcuménisme et le travail pluridisciplinaire sont souhaitables et même, une belle idée. Mais là, Marisol Touraine se moque du monde… ou tout du moins des kinés.
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