Le gouvernement avait sans doute rêvé d'un meilleur départ pour son Ségur de la santé. Dix jours après son lancement, la grande concertation censée aboutir mi-juillet à un ensemble de mesures fortes pour l'hôpital et le système de santé tout entier a enregistré sa première défection.
Les représentants de la fédération SUD-Santé sociaux ont annoncé mercredi 3 juin leur décision de « claquer la porte du Ségur ». Ce sont les premiers des quelque 300 convives du gouvernement à quitter la table des négociations. La centrale dénonce le décalage entre les « belles promesses » d'Emmanuel Macron, qui s'est engagé en faveur d'un « plan massif d'investissement et de revalorisation des carrières pour l'hôpital », et leur traduction dans la réalité consistant, explique SUD, à « se satisfaire de la politique menée avant et pendant la crise Covid-19 et de l'accélérer, avec, peut-être, quelques mesurettes tirées du Ségur pour donner l'apparence d'une concertation réussie ».
Pour la CGT, premier syndicat de la fonction publique hospitalière, le compte n'y est pas non plus. De là à se retirer des négociations ? Pas encore, tempère Laurent Laporte, secrétaire de l'Union fédérale des médecins, ingénieurs, cadres et techniciens (UFMICT-CGT). « On ne se satisfera pas de grandes déclarations d'intentions, nous attendons de vraies négociations », prévient toutefois le cadre de santé.
Véran condamné… à inviter un syndicat
Si certains quittent la table, d'autres fulminent de n'avoir pas été invités à y siéger. C'est le cas du syndicat Jeunes médecins, qui a porté l'affaire devant le tribunal administratif de Paris et a obtenu gain de cause. Le 1er juin, les juges ont condamné Olivier Véran à « convoquer Jeunes médecins aux négociations du Ségur de la santé » et à « lui assurer un traitement égal à celui des autres organisations syndicales représentatives en l'invitant dans les groupes de travail portant sur les discussions des statuts pour lesquels le syndicat est considéré comme représentatif ».
Une première qui pourrait ouvrir la voie à d'autres recours du même genre. À leur tour, 28 organisations d'infirmières se sont émues le 3 juin de ne pas avoir été conviées au Ségur de la santé — les paramédicaux étant uniquement représentés par les centrales polycatégorielles dans la première liste d'invités. « Cette exclusion des 700 000 professionnels que nous représentons est impensable », écrivent-elles. Sans menacer de recours en justice, elles demandent à être reçues par le gouvernement.
Les internes aussi s'agacent de la méthode du ministère pour mener le Ségur. Certes invitée aux réunions plénières hebdomadaires, l'Intersyndicale nationale des internes (ISNI) n'a pas été conviée au premier tour de bilatérales. « Dès qu'il s'agit de parler de rémunération, nous sommes renvoyés à notre statut d'étudiant », peste Léonard Corti, son secrétaire général.
La méfiance règne également côté libéraux et les syndicats veillent au grain : le débat ne devra pas tourner uniquement autour de l'hôpital, préviennent-ils en substance (lire l'encadré).
La rue maintien la pression
Il n'y a pas qu'avenue de Ségur que des tensions se font sentir. Mobilisés depuis plus d'un an, de nombreux hospitaliers continuent à « maintenir la pression » sur le gouvernement. Depuis plusieurs semaines, la CGT organise les « mardis de la colère ». Les collectifs inter-urgences (CIU) et inter-hôpitaux (CIH) ont pour leur part choisi le jeudi pour appeler personnels et citoyens à manifester aux portes des établissements de santé, partout en France. Devant l'hôpital Robert-Debré à Paris, ils étaient 300 jeudi dernier à qualifier d'« imposture » le Ségur de la santé à grand renfort de casseroles. « Il faut que les Français se mobilisent pour que du Ségur sorte quelque chose pour les soignants », a exhorté le Pr André Grimaldi, figure emblématique du CIH.
Tous ont en ligne de mire le 16 juin, date retenue par dix syndicats, collectifs et organisations d'usagers pour une journée d'action nationale. Le message de l'appel à manifester est limpide : « Les professionnels ne se contenteront plus de belles promesses et de demi-mesures ! »
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