Assiste-t-on « à l’extinction d’un corps » comme le déplore la Dr Christine Ortmans responsable de la formation des médecins inspecteur de santé publique (MISP) à l'École des hautes études de santé publique (EHESP) ? Entre un vieillissement des médecins déjà en poste et des promotions chaque année plus réduites, ce corps de la fonction publique enregistre une chute constante du nombre de ses membres. « Officiellement, on compte 330 MISP aujourd’hui alors qu’ils étaient 621 en 2009 » indique la médecin. Même constat en ce qui concerne la formation de nouveaux médecins inspecteurs puisque « dans les années 2000 à 2010, les promotions comptaient de 15 à 20 élèves tandis qu’ils étaient 3 en 2020 et il y a 4 candidats pour l’année prochaine » continue-t-elle.
Au regard de ces chiffres, force est de constater que cette profession fait face à une crise de vocations, notamment chez les jeunes médecins. « On attire beaucoup de médecins qui ont une quarantaine d’années et qui ont déjà une carrière derrière eux, confirme la médecin. Beaucoup viennent de l’hôpital et veulent se recycler dans une nouvelle activité ». Cause de ce désamour dans la nouvelle génération ? Le côté administratif du quotidien loin de la pratique des soins apportés aux patients, qui rebute, les rigidités propres à l’administration et à la hiérarchie et des carrières peu attractives au cours desquelles gravir les échelons s’avère parfois compliqué et laborieux.
Une mission essentielle
Or ce métier peu connu et pourtant essentiel permet de faire bouger les lignes « à condition d’être patient, pédagogue et diplomate », souligne la Dr Ortmans. Que ce soit dans les ARS, au ministère de la Santé ou en détachement, ces médecins participent à l’élaboration et à l’amélioration des politiques en matière de santé publique. Les dysfonctionnements dans certains Ehpad pointés par l’enquête de Victor Castanet ont ainsi mis en évidence l’importance des contrôles menés par ces médecins inspecteurs dans les établissements médico-sociaux. Programmées ou sur signalement des usagers, ces inspections veillent au bon fonctionnement des établissements visités et à repérer et prévenir les risques comme la maltraitance. Dans ce cadre, la présence d’un MISP au côté de l’inspecteur sanitaire offre une expertise médicale et permet de mieux comprendre ce qu’il s’est passé et d’apporter des mesures correctives car « seul le médecin a accès au dossier médical » précise la Dr Christine Ortmans.
« Même si on est formé pour ça, la mission d’inspection/contrôle ne constitue pas notre activité principale » explique la responsable de formation. Les MISP jouent en quelque sorte un rôle de sentinelle de l’état de santé de la population. Ils interviennent en effet dans l’analyse de l’offre de soin et des besoins des populations, la conception, la mise en œuvre et le pilotage des dispositifs de santé publique ou encore la gestion de crise. Ce sont eux qui, à ce titre, gèrent la mise en œuvre des mesures de prévention concernant les maladies à déclaration obligatoire comme « le traitement des contacts proches, le contact tracing au moment de la Covid ou encore des programmes de vaccination » énumère Christine Ortmans.
Un accès simplifié
Des mesures ont été prises pour simplifier l’accès à ce corps de la fonction publique. À commencer par le concours d’admission ouvert à tout médecin justifiant des compétences en santé publique soit par spécialisation soit validées par un master. Il s’agit surtout d’un « examen oral au cours duquel le jury va évaluer l’adaptabilité du candidat à la fonction publique et à son mode de fonctionnement ». Le lauréat est immédiatement affecté au poste sur lequel il va travailler et va suivre la formation dispensée par l’EHESP.
La durée de la formation a été réduite. Elle comporte un tronc commun obligatoire de 12 semaines comprenant des cours sur la gestion des crises, le management d’équipe, le droit, les finances publiques ou la méthodologie des contrôles. Des enseignements personnalisés sont également prévus en fonction du parcours et des expériences professionnelles de l’apprenant comme la gestion des problématiques de santé liées à l’environnement ou les démarches de planification des soins. Enfin, elle montre aux futurs membres de ce corps le fonctionnement de l’administration française.
Les statuts évoluent
Face à la réduction du nombre de MISP, des médecins contractuels ayant des compétences en santé publique sont de plus en plus appelés pour remplir leurs missions. Or cela demande une certaine acculturation de la part de ces personnes qui viennent de l’extérieur notamment pour connaître le fonctionnement et les rouages de ce monde éloigné du monde médical. De plus, les MISP en place « n’ont pas le temps de les former » précise Christine Ortmans, ce qui peut les décourager si cet exercice ne correspond pas à leurs attentes.
En parallèle, l’EHESP forme des internes au métier de médecins de santé publique amenés à travailler dans l’administration. En plus de ce qu’ils apprennent au cours de leurs études, ils « acquièrent les compétences propres aux médecins inspecteurs comme du droit ou de la gestion de projet » précise la docteure Christine Ortmans. Ils n’auront pas le statut de MISP mais sont brillants, intéressés par l’administration et ont tout pour devenir des hauts fonctionnaires ». Ces deux nouveaux cadres parviendront-ils à perpétuer au sein de la fonction publique cette profession et ses missions ?
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