Marisol Touraine a su trouver les mots pour déminer in extremis le conflit qui couvait à l’hôpital. Ses dernières propositions sur la gouvernance ont été unanimement saluées. La nomination du chef de pôle, point symbolique, resterait à la main du directeur, mais sur la base d’un seul nom proposé par le président de la CME. Cette mesure et d’autres (encadré) signent la « remédicalisation » de la gouvernance, selon l’INPH.
Mission parlementaire
D’autres engagements ont été pris avec les médecins. En psychiatrie, la loi devrait entériner le retour à la possibilité de nommer les chefs de secteur. Le DPC sera simplifié. Au chapitre de l’attractivité des carrières, la ministre a annoncé le lancement, en novembre, d’une mission parlementaire chargée de formuler des propositions. Ce dernier point divise les organisations. Quatre intersyndicats (CMH, CPH, INHP, SNAM-HP) se disent toujours vigilants mais assez satisfaits pour suspendre leur appel à la grève. « La crise de confiance est loin d’être résolue », tempèrent la CMH et le SNAM-HP.
De fait, de nombreux rapports ont déjà été rédigés sur le manque d’attractivité des hôpitaux. Le diagnostic est connu, admet Jacques Trévidic, secrétaire général de la CPH. À quoi bon une mission de plus ? « Le parlementaire désigné fera des propositions concrètes, et non des recommandations générales comme par le passé », veut-il croire.
Sur le terrain en tout cas, l’impatience est vive, et le décalage reste marqué entre la réforme à venir et les attentes des praticiens. Le directeur général de l’offre de soins, invité à expliquer le détail du projet de loi lors du congrès de la CPH, vendredi, a botté en touche sur plusieurs questions. L’attractivité et la pénibilité ne sont pas du ressort de la loi, s’est défendu Jean Debeaupuis. « Ces problèmes correspondent à un autre agenda de travail ».
Un praticien sur deux déclaré gréviste à Aix
Avenir hospitalier, qui représente surtout les spécialistes exerçant au bloc opératoire, a maintenu l’appel à la grève des soins non urgents demain. Sa présidente, le Dr Nicole Smolski, évoque un ras-le-bol général. « Marisol Touraine veut faire passer sa loi sans faire de vagues. Mais les collègues n’en peuvent plus d’être pressurisés. Les plateaux techniques ferment de plus en plus tard. On comprend qu’il faille les rentabiliser, mais qu’on nous donne les moyens, plutôt que de nous faire travailler trois heures de plus par jour ».
Avenir hospitalier annonce une forte mobilisation dans certains hôpitaux. À Aix-en-Provence, 50 % des PH sont déclarés grévistes. À l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, l’anesthésie-réanimation recense 17 grévistes et 7 non grévistes ; six blocs seront fermés demain au sein du pôle tête et cou. La chef de l’anesthésie évoque pêle-mêle le manque d’effectifs, la non-reconnaissance de la pénibilité, les conditions de travail, la grande fatigue.
Ce chirurgien venu participer au colloque d’Avenir hospitalier, jeudi, à Paris, résume la lassitude de ses confrères : « Qu’est-ce que cette loi va changer ? Pas grand-chose. L’interne seul face à 15 lits, c’est tous les jours, dans tous les hôpitaux. Sans compter la pression pour être rentable, et le mercenariat, une plaie qui tue progressivement l’hôpital... De nombreux médecins ressentent une grande souffrance. L’attente est très forte, et la loi de santé nous déçoit ».
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