Marisol Touraine, 55 ans, fait partie des personnalités d’expérience du gouvernement Valls, qui doivent aller au combat pour obtenir des résultats rapides. Sur la santé, le défi est compliqué à plusieurs titres.
Quelle configuration, quel partage des rôles ?
La confirmation de Marisol Touraine aux Affaires sociales est une marque de reconnaissance du travail accompli, mais aussi une affaire de dosage politique (parité, courants). Cette nomination s’est accompagnée d’un bémol : la disparition du terme « Santé » dans l’énoncé de son portefeuille (acté dans le décret de composition du gouvernement). Même si son périmètre reste « inchangé », de très nombreux observateurs ont été surpris de ce paradoxe : au moment où François Hollande érige la santé en priorité, celle-ci disparaît des ministères de plein exercice ! Oubli, erreur ? C’est peu concevable. En tout état de cause, beaucoup de professionnels du secteur, mais aussi l’Ordre ou les représentants des patients, se sont alarmés. « La santé disparaît de la hiérarchie des priorités gouvernementales. On s’étrangle ! », a protesté le CISS (usagers).
La nomination d’un secrétaire d’État à la Santé, sous la tutelle de Marisol Touraine, devrait préciser la répartition des rôles (lire ci-dessous). Un tel tandem renverrait à des configurations plus anciennes, lorsque le pouvoir était peu ou prou partagé entre un ministre des Affaires sociales (ou de la Solidarité) et un ministre délégué ou secrétaire d’État à la Santé en prise plus directe et quotidienne avec certains dossiers délicats.
L’attelage fonctionnera-t-il ? Tout dépendra de la personnalité choisie pour épauler la ministre. Marisol Touraine, en 2002, ne faisait pas mystère de sa volonté de gérer la santé sans filtre. Mais l’Élysée a sans doute jugé qu’il fallait mettre un peu d’huile dans les rouages, à l’heure où 75 % des médecins libéraux ne lui font pas confiance, selon un sondage IFOP pour « Le Quotidien » (notre édition du 20 mars). La nomination d’un secrétaire d’État à la Santé pourrait permettre de gagner en efficacité et en pédagogie.
Quels dossiers, quelles échéances ?
Marisol Touraine doit relever deux défis : la déclinaison législative de la stratégie nationale de santé (SNS) d’un côté et, de l’autre, le programme d’économies massives qui attend la Sécu (et l’assurance-maladie en particulier). Autant le premier chantier – la future loi de santé – devrait permettre une communication « positive » dans les prochaines semaines (cap sur la prévention, les parcours de santé, la démocratie sanitaire, le tiers payant...), autant le second – les mesures de redressement – est périlleux. La France est sous surveillance renforcée et le système de santé sera fortement mis à contribution dans la quête de 50 milliards d’économies d’ici à 2017. Pas question de s’attaquer au modèle social, et de « franchir la ligne rouge », a promis Marisol Touraine, excluant les déremboursements. Mais la promotion des génériques, le développement de la chirurgie ambulatoire, la lutte contre la fraude et la réduction des actes inutiles ne suffiront pas.
Beaucoup d’autres dossiers devront être menés de front : les négociations sur la rémunération du travail en équipe ; le délicat décret précisant le contenu des contrats complémentaires responsables et le niveau de prise en charge des dépassements d’honoraires ; le fameux DMP de deuxième génération, souvent promis, mais que personne n’a jamais vu ; l’ouverture des données de santé ; la relance du développement professionnel continu... Il faudra aussi trouver la perle rare à la tête de l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM). Sans oublier les réformes emblématiques de la fin de vie et la loi autonomie.
Marisol Touraine rempile, mais avec l’obligation d’obtenir davantage de résultats concrets, de préserver le modèle social, de réduire les déficits mais sans braquer le secteur ! Le mouton à cinq pattes ?
VERBATIM
Marisol Touraine
ministre de la Santé
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