Les Italiens ne cesseront donc jamais de nous étonner! Alors que la pandémie de coronavirus frappait le pays de plein fouet, à Turin, l’agence régionale de santé avait réquisitionné un complexe industriel du 19ème siècle utilisé pour la réparation des locomotives et des wagons ferroviaires afin d’y installer un hôpital temporaire pour les patients covidés. Depuis, plus d’un an et demi est passé et la ville de Turin a décidé de renouveler cette expérience mais en conjuguant cette fois-ci, médecine et art.
L’opération, montée par la Fondation pour l’architecture crée en 2002 par l’ Ordre des architectes, l’Ordre des médecins régional et l’agence de santé de Turin prévoit l’installation provisoire de cabinets médicaux dans cinq lieux culturels emblématiques de l’ancienne capitale des rois d’Italie, les Savoie. D’abord, le musée égyptien connu dans le monde entier puisqu’il s’agit comme celui du Caire, d’un lieu entièrement consacré à la culture de l’Egypte Ancienne. Puis, le Musée national de l’automobile, un autre lieu important pour les Turinois particulièrement lié à tout ce qui touche les voitures puisque la ville héberge le siège de Fiat. Enfin, la grande bibliothèque qui porte le nom de l’écrivain Primo Levi, le parc de l’Art vivant ou centre expérimental de l’art contemporain et le centre culturel Pole 19 dédié à la culture au 20ème siècle. “Au départ, nous avions sélectionné une quarantaine de lieux puis, nous avons du éliminer les endroits où l’accès aux services hygiéniques était compliqué par exemple ou encore la qualité de la lumière naturelle pour éviter que les patients et les médecins soient stressés” explique Eleonora Gerbotto directrice de la Fondation pour l’architecture.
L’objectif de ce projet est double: renforcer la relation de confiance entre le médecin et le patient et leur permettre de se détendre en se retrouvant dans un environnement pour le moins inhabituel et particulièrement suggestif. Pour le Dr. Guido Giustetto président de l’Ordre des médecins turinois, l’expérience qui sera vécue par le patient et son généraliste devrait générer plus d’empathie et peut-être amplifier les effets de la thérapie en augmentant le bien-être du patient durant la consultation.”
Au chapitre organisation et économie, le projet “médecine et musées” a été financé à hauteur de 100.000€ par une autre fondation (Compagnie de Saint Paul). Quelques huit généralistes ont été sélectionnés par l’agence régional de santé turinoise pour participer au projet intitulé “ Culture de base”. Chaque praticien recevra ses patients qu’il aura lui-même choisi et convoqué pour les visites via sms ou message Whatsapp, dans l’un de ces cinq lieux deux fois par semaine. Les équipements ont été loués, les tables d’examens, les abats-jour, les bibliothèques et même les paravents pour garantir un peu de discrétion au patient pendant la visite.
Pour l’Ordre des médecins turinois, ce projet arrive au bon moment, la plupart des blouses blanches mais aussi des Italiens, étant épuisés par deux ans de restrictions et de peur en raison de la pandémie. Selon une enquête réalisée par l’Institut de recherches Piepoli et commanditée par la Fédération nationale des ordres des médecins italiens, un médecin sur dix aurait d’ailleurs fait un burnout depuis le début de la pandémie en raison notamment de la surcharge de travail et des conditions d’exercice de la profession particulièrement détériorées. Dans ce contexte, un regard posé sur un environnement culturel et historique peut sûrement “aider à décompresser” estime l’Ordre des médecins turinois.
L’opération musées et médecins qui a démarré le 3 mai dernier devrait se terminer aux environs du 30 octobre. Mais le conditionnel est de rigueur car cette date pourrait être repoussée selon les résultats de l’enquête qui sera réalisée pendant les six prochains mois. “Des questionnaires seront ponctuellement distribués aux patients qui participeront à cette opération mais aussi aux autres assurés qui continueront à être reçus dans le cabinet de leur généraliste pour leur demander d’expliquer comment ils perçoivent ce projet” confie Eleonora Gerbotto. Un comité scientifique composé de médecins, psychologues, architectes et anthropologues sera chargé d’évaluer les réponses et de rédiger une relation sur la base des réponses des patients. Et si tout va bien, à partir de l’an prochain, toutes les bibliothèques turinoises pourraient être équipées pour recevoir des patients et des généralistes deux fois par semaine.
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