Conserver la rigueur du débat médical et scientifique tout en répondant à l’accélération de l’information. C’est le défi auquel souhaite répondre l’Académie nationale de médecine. Fondée en 1820, cette assemblée est restée fidèle à sa mission première : conseiller les gouvernants sur toute question de santé publique. La loi du 22 juillet 2013 réaffirme son rôle de conseillère et précise qu’elle « a pour mission de répondre, à titre non lucratif, aux demandes du Gouvernement sur toute question concernant la santé publique et de s'occuper de tous les objets d'étude et de recherche qui peuvent contribuer aux progrès de l'art de guérir ». Elle peut être saisie ou bien s'auto-saisir de et, à travers des groupes de travail et des auditions de personnalités, rend des avis et des rapports.
Or petit à petit, cette mission de conseil a été déplacée à d’autres instances, comme le Conseil scientifique au moment de l’épidémie de Covid-19. « Le président de la République nous a un peu laissés de côté pendant la Covid parce qu’il a besoin de gens très réactifs ce qui n’a pas été le cas de l’Académie durant quelques années » concède Jean-François Allilaire, secrétaire perpétuel de l’Académie. Mais elle ambitionne de le redevenir » non seulement auprès des politiques mais aussi des citoyens.
Pour cela, elle mise sur « l’indépendance, la polyvalence et l’expertise » de ses membres. Ceux-ci « sont élus et pas nommés par le pouvoir politique, précise Jean-François Allilaire. L’Académie ne rend donc de compte à personne sinon aux citoyens et à la vérité scientifique. Ce qui confère un avantage par rapport à d’autres institutions qui sont de grande qualité mais restent purement techniques ». Par ailleurs, elle mêle le regard de professionnels issus de disciplines différentes « afin d’avoir, selon le professeur de psychiatrie, une vue d’ensemble ».
Pour répondre plus rapidement aux demandes liées à l’actualité, l’institution de la rue Bonaparte adapte ses méthodes de travail. En utilisant les nouveaux moyens de communication comme la visioconférence, elle « a trouvé le moyen de travailler plus vite se félicite le professeur Jean-François Allilaire. C’est une nouvelle page au bout de 200 ans qui est en train de s’ouvrir », assure-t-il. Une cellule de veille Covid « chargée de produire des communiqués sur les sujets d’actualité » a ainsi vu le jour en mars 2020. Cette cellule a inspiré la création d’une plateforme de communication rapide pour évoquer « tous les sujets de santé en dehors du Covid » via ce système de communiqués.
Cette stratégie porte ses fruits selon Jean-François Allilaire. « Nous étions largement méconnus du grand public et des journalistes. L’image de l’Académie s’est ensuite modifiée et nos communiqués ont commencé à être attendus par la presse à partir du mois d’avril ».
Composition
Médecins, chirurgiens, biologistes, pharmaciens, vétérinaires… Tous « reconnus pour leurs travaux scientifiques et pour les responsabilités qu’ils ont assumées dans le domaine de la santé », 135 membres titulaires siègent dans la magnifique salle de séance, avec 160 correspondants, 60 associés étrangers et 125 correspondants étrangers. Ils sont élus par les membres titulaires et titulaires émérites.
Le bureau et un conseil d’administration sont chargés de la direction de l’Académie. Le président (élu pour un an, actuellement le néphrologue Bernard Charpentier), le vice-président (qui succède au premier l'année suivante), le secrétaire perpétuel, le secrétaire adjoint et le trésorier forment le bureau.
Qui finance ?
Les statuts de l’Académie prévoient le versement annuel d’une subvention de l’État. Des subventions exceptionnelles peuvent également lui être versées. Des fonds propres liés à son activité et provenant de dons et legs constituent une troisième source de financement servant en partie à encourager la recherche scientifique et médicale. « Nous avons ainsi pu attribuer 300 000 € de Prix pour encourager la recherche médicale en 2020 », précise Jean-François Allilaire.
Prises de position
Le mode de fonctionnement et la polyvalence de l'Académie l’amènent à s’exprimer sur des sujets allant du mésusage des médicaments à la déontologie en passant par le droit via son comité des affaires juridiques. Au cours de l’épidémie de Covid-19, l’Académie a fait entendre sa voix à 115 reprises. Elle a ainsi prôné, dès le début de la crise, l’usage des masques à rebours de l'opinion ministérielle et s'est prononcée aussi sur le déconfinement, les covid longs, le dépistage, les tests salivaires, la médecine du travail ou la stratégie vaccinale, par exemple. Hors Covid, elle est intervenue récemment contre l'allongement du délai d'IVG, contre le dépistage du cancer du poumon par scanner, mais pour la vaccination des bébés par le rotavirtus, pour l'élargissement des possibilités de greffes cardiaques et en faveur de la e-cigarette.
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