L’étude ESOPE, conçue et coordonnée par l’Institut Curie, a été financée, en 2009, dans le cadre du Programme hospitalier de recherche clinique. Jusqu’en 2013, 123 patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique ont été sélectionnées dans six centres en France pour participer à cette étude. Des échantillons de leur tumeur primitive, au niveau du sein, et de leurs métastases au niveau du foie, de l’os… ont été prélevés et analysés en parallèle de manière systématique. « L’originalité d’ESOPE est d’être une étude prospective des maladies métastatiques dans le cancer du sein, et l’une des premières à son lancement à s’intéresser aux différences entre tumeur primitive et métastases, en réalisant un appariement individuel des tissus tumoraux, résume le Dr Paul Cottu, chef adjoint du département d’oncologie médicale de l’Institut Curie (Paris). Un objectif était de caractériser le premier événement métastatique chez les patientes, avant tout traitement, ce qui a permis d’obtenir des données biologiques de qualité. L’extrême variabilité biologique des métastases, y compris au tout début de la maladie métastatique, a ainsi été mise en évidence. »
L’intérêt des biopsies des métastases
Le premier volet de l’étude, à partir des analyses histologiques, a permis de mettre en évidence que le pronostic à long terme dans ces cancers est davantage lié à la biologie des métastases qu’à celle de la tumeur primitive. De quoi orienter les choix thérapeutiques et affiner l’information des patientes. « On constate d’importantes variations dès le début des métastases, en particulier pour des tumeurs prétendument hormonosensibles. En fait, dans 50 % des cas, elles le sont peu ou ne le sont pas, ce qui pourrait expliquer l’échec des traitements. Cela montre tout l’intérêt qu’il y a à faire des biopsies de métastases de façon plus fréquente, en particulier pour les cancers du sein considérés comme potentiellement hormonosensibles », souligne le Dr Cottu.
L’évolution génomique des tumeurs
Le deuxième volet de cette étude a consisté à analyser une sélection de 91 gènes susceptibles d’être fréquemment altérés dans les cancers du sein, que ce soit dans la tumeur primitive ou dans ses métastases. Certaines mutations se révèlent présentes uniquement dans la tumeur primitive ou dans les métastases, d’autres dans les deux. « Il a été retrouvé des niveaux de mutations significatifs pour la moitié des gènes étudiés, et certaines de ces mutations peuvent être ciblées par des traitements spécifiques. Ces résultats mettent en évidence l’intérêt de réaliser un profil génétique du cancer non seulement sur la tumeur primitive, mais aussi et surtout sur ses métastases, afin d’orienter les choix thérapeutiques dès le premier événement métastatique », précise le Dr Cottu.
Le troisième volet de l’étude consistait à séquencer l’ensemble de l’exome de certaines tumeurs. Une analyse exhaustive a permis de révéler des mutations jusqu’ici inconnues, et d’examiner également le nombre de copies de certains gènes, un autre type d’anomalies génomiques rencontrées dans le cancer. Là encore, la comparaison entre le génome de la tumeur primitive et celui des métastases, pour une même patiente, a permis de mettre en évidence que l’un et l’autre présentent les mêmes taux de mutations, mais des mutations souvent différentes, plus variées dans les métastases, et d’autant plus que ces dernières sont apparues tardivement dans l’histoire de la maladie.
Les résultats des deuxième et troisième volets de l'étude ont été présentés en avril lors du congrès de l' l’American Association for Cancer Research (AACR).
« En conclusion, poursuit l’oncologue, cette étude montre tout l’intérêt de pratiquer une biopsie des métastases ainsi qu’une analyse génomique à haut débit pour guider l’évaluation pronostique et le choix du traitement personnalisé adapté. Cette biopsie est d’expérience bien acceptée par les patientes. L’étude ESOPE souligne également la nécessité d’un travail collaboratif interdisciplinaire : médecins oncologues, chirurgiens, radiologues, biologistes, anatomopathologistes… L’organisation en réseau s’avère essentielle pour la prise en charge des patientes dans un but de documentation pronostique et biologique individuelle, et de thérapie personnalisée. »
D’après un entretien avec le Dr Paul Cottu, chef adjoint du département d’oncologie médicale de l’Institut Curie (Paris)
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