Nous venons d’entrer dans l’ère du déremboursement des quatre médicaments destinés à retarder les effets de la maladie d'Alzheimer. Cette mesure vient aggraver celles annoncées en mai 2018 par le Ministre de la Santé pour « mieux prendre en charge la dépendance », en ce qu’elles répondaient davantage à la crise immédiate dans les établissements pour personnes âgées qu'aux défis du vieillissement de la population.
En effet, 850 000 personnes sont actuellement concernées en France et il est prévu que le nombre de personnes atteintes de démences double presque tous les 20 ans. Le coût de la prise en charge des malades Alzheimer est en outre particulièrement élevé sur le long terme, 1 400 € par mois restant à la charge des malades et de leur famille.
Puisqu’on nous dit que les quatre médicaments anti-Alzheimer sont inefficaces, on pourrait s'attendre à ce que les 90 millions d'euros économisés par la caisse d'assurance-maladie sur leur déremboursement soient utilisés à la prévention de cette maladie, dont le poids économique et humain est devenu considérable.
Il y a 30 ans, la mortalité de l’infarctus du myocarde est devenue un véritable problème de santé publique. Nous avons amélioré les indicateurs de pathologie coronarienne en déterminant les sept facteurs de risque de l'infarctus, de sorte que cette pathologie fait mourir de moins en moins souvent aujourd'hui. Demain, de la même façon, nous pourrons déterminer les facteurs de risques des maladies neurodégénératives (Alzheimer et apparentées) et retarder leur apparition, à condition d’organiser aujourd’hui une politique de prévention et de recherche cohérentes.
Trois axes de recherche en priorité
Cette Recherche doit se développer sur trois axes. Si nous pouvons découvrir quels sont les facteurs prédictifs de la maladie d’Alzheimer, nous pourrons retarder son apparition, voire diminuer sa fréquence. Les signes de maladie neuro-dégénérative apparaissent 20 ans avant que la maladie ne soit constituée ; l’enjeu est donc de développer les outils d’un diagnostic précoce (marqueurs biologiques et d’imagerie) ; car un dépistage précoce peut permettre de retarder la date d’apparition des premiers symptômes. Nous connaissons 20 des 23 facteurs de susceptibilité génétique connus dans le monde pour être associés au risque de développer une maladie d’Alzheimer (UMR1167-Professeur P. Amouyel). Nous devons associer à la compréhension du risque individuel de développer la maladie, la mesure des facteurs environnementaux et comportementaux exposant à celle-ci.
Ce type de recherche suppose des études de cohorte qui, malheureusement, bien qu'elles n'aient pas de prix, ont un coût.
Tout serait donc idyllique si le gouvernement mettait en face du déremboursement abrupt des quatre médicaments, grâce aux 90 millions d’euros économisés, un vrai moyen de développer la prévention.
Or, il est juste question, comme depuis presque 50 ans, dans « l’ancien monde », de faire de petites économies, sans développer un projet de prévention ambitieux. C’est désastreux, humainement, médicalement et scientifiquement ! C'est aussi obérer financièrement l'avenir, puisqu'on connaît l'essor probable des maladies neurodégénératives dans les décennies à venir.
La prévention est en effet le parent pauvre des politiques de santé, soit moins de 6 % du total des dépenses de santé, alors qu’elle joue un rôle clé pour empêcher l’apparition et le développement des maladies chroniques. Cette carence en matière de prévention est en outre très inégalitaire car elle touche plus particulièrement les populations les plus démunies.
Le trou de la Sécu se renfloue par moins de chômeurs et non par plus de malades non remboursés.
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