Alimentation, stress, sommeil, activité physique... De l'intérêt de s'orienter vers une médecine des modes de vie

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Publié le 15/01/2021
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Agir pour améliorer les comportements des Français et démontrer les bienfaits de la prévention est un véritable défi. Dans le cadre d'un colloque digital organisé par la Fondation PileJe et l'institut Pasteur de Lille — avec le parrainage de l'Académie nationale de médecine — des experts ont fait le point sur ce sujet.
Une alimentation saine et variée et le respect du rythme biologique sont déterminants pour la santé

Une alimentation saine et variée et le respect du rythme biologique sont déterminants pour la santé
Crédit photo : Phanie

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déjà posé le principe d'une santé fondée sur le bien-être. De fait, dans le préambule de sa Constitution signée en 1946, l'OMS définit la santé comme un « état de complet bien-être physique, mental et social » et pas seulement comme « une absence de maladie ou d’infirmité ».

« Cette définition est très juste, confie le Pr Jean-François Mattei, président de l’Académie nationale de médecine. Aujourd'hui, la santé, ce n'est plus seulement se soigner, c'est aussi prendre soin de soi, aspirer au bonheur. La santé publique nous indique comment vivre mieux et réduire les comportements à risque. Tout le monde est d'accord sur l'intérêt du concept de prévention mais le financement ne suit pas ».

La santé : première préoccupation des Français

Pour mesurer l'évolution de l'état d'esprit des Français vis-à-vis de leur santé ainsi que les grands changements de comportements, notamment en matière de prévention, un sondage a été effectué par le cabinet Elabe avant le premier confinement et au cours de ces dernières semaines avec les mêmes questions.

Le premier enseignement émanant de ces deux enquêtes est que la santé est devenue la première préoccupation de la population. « Quatre Français sur 10 placent la santé en tête, ce qui représente 20 points de plus qu'il y a 18 mois. En effet, avant le confinement, le pouvoir d'achat et l'environnement par exemple étaient placés avant la santé », indique Bernard Sananès, président du cabinet d’études et de conseil Elabe.

Par ailleurs, les Français estiment désormais que la prévention tient une place plus importante qu'il y a un an, au sein du système de santé. L'impact de l'activité physique régulière et de l'alimentation sur la santé est bien connu : huit Français sur 10 considèrent que manger sain et avoir une activité physique de 30 minutes par jour améliore la santé.

L'impact du sommeil, de l'attention portée à la consommation d'alcool et au stress reste moins marqué au sein de la population. « Après le début du deuxième confinement, nous avons demandé aux Français, si par rapport aux habitudes du passé, ils avaient mis en œuvre de bonnes résolutions. Le sondage a confirmé que le confinement et la crise sanitaire ont mis à mal les bonnes habitudes des Français en termes d'alimentation et de sommeil, notamment », affirme Bernard Sananès. Il y a également urgence à mettre en place des stratégies pour favoriser des comportements responsables en matière de vaccination. Un sondage récent mené par le même cabinet montre que plus d'un Français sur deux n'envisage pas de se faire vacciner contre le Covid-19.

Vers une médecine globale

Les pratiques liées à la santé sont intimement liées au contexte personnel : âge, revenu, niveau socio-éducatif, conditions de travail, carrière. Par ailleurs, l'espérance de vie des femmes (86 ans) est plus importante que celles des hommes (80 ans). « Mais les femmes vivent davantage dans l'incapacité et la perte d'autonomie. Ces années de vie supplémentaires sont donc des années de vie en mauvaise santé (troubles musculo-squelettiques, troubles anxio-dépressifs…) », note Emmanuelle Cambois, directrice de recherche de l’Institut national d’études démographiques (Ined).

Outre l'activité physique et l'alimentation saine et variée, le respect du rythme biologique est déterminant pour la santé. « N'oublions pas non plus le microbiote intestinal − véritable organe qui dialogue notamment avec le cerveau et les poumons − important pour la fonction du système immunitaire et qui se façonne dès le plus jeune âge », ajoute François Trottein, infectiologue directeur de recherche au CNRS/institut Pasteur de Lille.

De plus en plus, les médecins sont amenés à prendre en compte la prévention comme un élément pilier de la santé. Pour exemples, le sport sur ordonnance, particulièrement développé à Strasbourg, mais aussi les outils numériques de prévention primaire et secondaire (bracelets, montres, balances connectés, applications pour smartphones) ou encore le développement de soins de supports en oncologie.

Hélia Hakimi-Prévot

Source : Le Quotidien du médecin