Quatre ans après les attentats du novembre 2015, de nombreuses victimes continuent de souffrir de trouble de stress post-traumatique (TSPT), tandis que le souvenir de cet événement tragique se fait moins précis dans la mémoire collective. Comprendre comment se construit au fil des années le lien entre mémoire individuelle et mémoire collective, c'est tout l'enjeu du programme de recherche pluridisciplinaire 13-Novembre piloté par le CNRS, qui s'articule autour de plusieurs études.
Des événements encore bien ancrés dans les esprits
Plusieurs enquêtes ont été réalisées avec le CRÉDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) auprès d'échantillons représentatifs de la population française. En juin 2016 et juin 2018, 2 000 personnes ont été interrogées lors d'entretiens en face-à-face, et en janvier 2017 et janvier 2019, 3 000 personnes ont répondu à des questions en ligne (à chaque fois, il s'agissait d'échantillons différents). Les mêmes questions ont été posées d'une année sur l'autre.
« Quel que soit le moment où l'enquête a été réalisée, ce sont les attentats du 13 novembre qui sont cités comme l'un des trois actes terroristes les plus marquants depuis les années 2000, indique au « Quotidien » Denis Peschanski, historien et codirecteur du programme. En revanche, avec les attentats de janvier 2015, nous avons constaté un effet d'effondrement de la référence à ces événements en juin, 2 016 ou 2018, et un phénomène de réactivation lors des sondages de janvier, avec les commémorations. »
Concernant les différents lieux où ont été perpétrées les attaques (Bataclan, Stade de France, restaurants et terrasses), le souvenir s'estompe avec le temps. « Le Bataclan reste la seule référence précise qui reste en mémoire : il y a un phénomène de concentration mémorielle », relève Denis Peschanski.
En 2021 et 2026, les mêmes questionnaires seront proposés à de nouveaux échantillons représentatifs de la population française pour étudier la construction de la mémoire collective sur le long terme.
Dimension scientifique et patrimoniale
En parallèle, 934 personnes – exposées plus ou moins directement ou bien non exposées aux événements – ont témoigné sur leur perception des événements au cours d'entretiens filmés en 2016 dans le cadre de l'étude 1 000. Pour étudier la façon dont les témoignages évoluent, ces personnes ont de nouveau été filmées en 2018, et le seront en 2021 et 2016. Pour Denis Peschanski, ces enregistrements ont une dimension à la fois scientifique et patrimoniale.
« Entre 2016 et 2018, 78 % des personnes sont revenues », note l'historien. Les analyses détaillées des deux premières phases sont attendues pour 2020.
« Certaines des questions posées dans l'étude 1 000 ont été reprises dans les enquêtes du CRÉDOC, l'objectif étant de voir comment la mémoire individuelle se construit en interaction avec la mémoire collective », ajoute l'historien.
Donner du sens à ce qui n'en a pas
Quelque 200 personnes de l'étude 1 000 ont par ailleurs été incluses dans l'étude biomédicale REMEMBER, réalisée à Caen et dirigée par le neuropsychologue Francis Eustache, codirecteur du programme 13-Novembre. Il s'agit de 120 personnes exposées directement aux attentats et de 80 Caennais (groupe contrôle), soumis pendant 2 jours à une IRM fonctionnelle et à des tests neuropsychologiques.
La moitié des personnes exposées ont développé un TSPT. Chez ces personnes, des « intrusions » peuvent survenir : l'événement traumatique survient alors à l'esprit de manière inopinée. L'étude a notamment pour objectif d'étudier ce phénomène et la capacité des individus à le refréner.
Après une première phase en 2016, 90 % des participants sont revenus pour la deuxième phase en 2018. « Pour les victimes, le fait de participer à ces études donne du sens à ce qui n'en a pas », estime Francis Eustache.
« Entre les deux phases, nous avons observé une amélioration ténue, avec notamment quelques participants passés d'un TSPT complet à un TSPT incomplet », rapporte Francis Eustache. Le fait de se sentir bien entouré et compris apparaît comme étant un facteur favorable. Les résultats détaillés de l'analyse ont été soumis à de grandes revues.
En amont des commémorations du 13 novembre, un décret paru au « Journal officiel » du 9 novembre 2019 fait du 11 mars la journée nationale d'hommage aux victimes du terrorisme.
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