LE QUOTIDIEN : Depuis votre départ de l’ARS, des voix s’élèvent et vous reprochent un dialogue difficile, une posture rigide sur certains dossiers. Que répondez-vous ?
CHRISTOPHE JACQUINET : Un DG d’ARS ne peut réformer seul le système de santé. J’ai pris des décisions difficiles avec l’adhésion systématique des professionnels. L’exemple de la chirurgie cardiaque est emblématique. Nous avons supprimé deux sites, l’un à Lyon, l’autre à Grenoble. Ce genre d’opération n’est pas facile à mener, je connais peu de directeurs d’ARH ou d’ARS qui l’ont fait. La commission spécialisée de l’organisation des soins (CSOS) où siègent les usagers et les fédérations hospitalières a soutenu à 100 % ces deux suppressions d’autorisation, de même que le regroupement des grands brûlés, la fermeture d’autorisation de médecine d’urgence. Mes annonces ont décoiffé, mais à force de pédagogie, les professionnels de santé ont adhéré. L’ARS Rhône-Alpes est très dynamique. Ses excellents résultats pour le pacte territoire santé, c’est cocasse, ont été loués par la ministre de la Santé quelques jours avant mon départ.
Vous affirmez avoir fait les frais d’un limogeage politique. Comme Mireille Faugère, l’ancienne directrice générale de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris ?
Deux reproches m’ont été adressés lorsqu’il a été mis fin à mes fonctions. Mon manque de soutien au projet de modernisation de l’hôpital Édouard Herriot, tout d’abord. J’étais absolument déterminé à ce qu’on reconstruise Édouard Herriot, mais j’étais très réservé sur le choix du projet qui me paraissait être une fuite en avant. Le maire de Lyon [Gérard Collomb, PS] n’a pas apprécié. Le désaccord que j’avais avec Jean-Jack Queyranne [président PS du conseil régional de Rhône-Alpes] m’a également été reproché.
J’ai regretté dans un communiqué l’instrumentalisation politique qu’il avait faite d’un dossier concernant un établissement privé appartenant à la MGEN, dans l’Ain, à l’approche d’élections municipales. La ministre de la Santé a indiqué à mes collègues DG d’ARS que j’avais franchi la ligne rouge. J’ai un principe depuis que je suis DG d’ARS : la politique n’a rien à faire dans l’hôpital. Je m’étais déjà opposé à des élus, y compris de droite sous un gouvernement de droite. Cela ne m’avait jamais été reproché aussi fortement.
Quel regard portez-vous sur la politique de santé menée depuis 2012 ?
Je note de fortes contradictions. D’un côté, on annonce un virage sur l’ambulatoire avec la stratégie nationale de santé. De l’autre, on débarque un DG d’ARS parce qu’il s’oppose à des élus s’opposant à des réformes hospitalières.
Si on veut maintenir un système de santé solidaire, il faut faire des choix. Le gouvernement semble ne pas vouloir faire de choix pour satisfaire tout le monde, et au résultat, il ne satisfait personne. Est-on prêt à financer davantage la médecine générale, qui est quasiment la plus pauvre d’Europe ? Comment peut-on avoir des médecins généralistes dans le centre de Paris à 23 euros la consultation ? Actuellement, un euro sur mille euros dépensés sert à la prévention et la promotion de la santé. C’est ridicule.
Pour améliorer les soins de premier recours, il faut mieux organiser le secteur hospitalier et réduire son financement. Dire que notre système est trop hospitalier, ce n’est pas critiquer les hospitaliers publics et privés, c’est dire qu’il faut décider, maintenant. C’est ce qu’attendent les professionnels de santé. Pourquoi le gouvernement s’oppose-t-il à cette voie ? Parce qu’il pense que le système de santé va aller mieux ? Parce qu’il n’a pas le courage d’agir ? Parce qu’il ne sait pas comment faire ? J’ai constaté depuis deux ans que moins on décide, plus la situation du système de santé empire. Et décider, c’est évidemment déranger des situations acquises !
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