Le variant du coronavirus découvert en Inde est plus contagieux et présente des caractéristiques qui pourraient rendre les vaccins moins efficaces, contribuant à l'accélération de l'épidémie en Inde, a averti ce 8 mai la scientifique en chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Soumya Swaminathan.
Pour la première fois, l'Inde a enregistré ce week-end plus de 4 000 décès liés au Covid-19 en 24 heures et plus de 400 000 nouvelles contaminations, des chiffres largement sous-évalués selon les experts.
Des mutations qui augmentent les transmissions
Le variant B.1.617, détecté pour la première fois en Inde en octobre, « présente des mutations qui augmentent les transmissions et qui peuvent aussi potentiellement le rendre résistant aux anticorps qui se sont développés grâce à la vaccination ou à une contamination naturelle », a expliqué la Dr Swaminathan, pédiatre indienne et chercheuse.
Ce variant pourrait être classé par l'OMS dans la liste des variants considérés comme plus dangereux que la version originelle du virus en raison de leur plus grande contagiosité, leur capacité à surmonter les défenses que procure la vaccination et le taux de mortalité des patients atteints, a estimé la scientifique.
Fin avril, la question de la classification du variant B.1.617 était encore en suspend : « ce virus s’est répandu relativement lentement en Inde, ce qui en fait actuellement un VUI (variant under investigation) plus qu’un VOI (variant of interest) ou qu’un VOC (variant of concern) (...) : en effet, impossible pour l’instant de faire la part des choses en Inde entre le relâchement des mesures barrières après des mois de restriction, la dissémination du virus à l’occasion des brassages de population induits par des fêtes religieuses ou un vrai "effet virus" délétère », expliquait en avril la Pr Karine Lacombe dans nos colonnes.
Nécessité d'associer à la vaccination des mesures sociales
Pour la Dr Swaminathan, il est désormais indiscutable que le variant B.1.617 qui présente des mutations principales en position 484, 452 et 681, toutes au niveau de la protéine Spike, soit un facteur d'accélération de l'épidémie devenue hors contrôle dans le pays.
Mais le variant seul ne peut pas être incriminé dans la hausse spectaculaire de cas en Inde, qui semble avoir baissé la garde trop tôt, avec de « grands rassemblements de masse », a-t-elle relevé. Et de déplorer que les « premiers signes (de reprise des contaminations) aient été manqués jusqu'à ce que (les transmissions) aient atteint un point où le décollage a été vertical ». Selon la responsable de l'OMS, il est très difficile de lutter contre le virus « car l'épidémie concerne des milliers de personnes et il se multiplie à une vitesse qu'il est très difficile d'enrayer ».
La vaccination ne suffira pas seule à reprendre le contrôle de la situation : « cela va prendre des mois, si ce n'est des années, pour atteindre un taux de 70 à 80 % » de la population immunisée, selon la chercheuse. L'Inde, le plus grand producteur mondial de vaccins, n'a jusqu'à présent administré deux doses qu'à 2 % de sa population de 1,3 milliard d'habitants.
Aussi faut-il compter sur les mesures sociales et sanitaires déjà testées et éprouvées pour juguler l'épidémie, a-t-elle prévenu. L'enjeu est de taille puisque l'ampleur de l'épidémie augmente le risque d'apparition de nouveaux variants. « Plus le virus se réplique, se diffuse et se transmet, plus le risque de mutations et d'adaptation augmente, met en garde Soumya Swaminathan. Les variants qui accumulent un grand nombre de mutations peuvent finalement devenir résistants aux vaccins dont nous disposons actuellement ». Et d'ajouter : « Ce sera un problème pour le monde entier ».
Contrôle renforcé aux frontières françaises
En France, des mesures complémentaires de contrôle des arrivées sur le territoire métropolitain depuis l'Inde sont en place depuis le 24 avril dernier, tout comme pour les vols en provenance du Brésil, de l'Argentine, du Chili et de l'Afrique du Sud. Depuis le 9 mai, ces mesures s'appliquent aussi pour les personnes revenant du Bangladesh, du Népal, du Sri Lanka (trois pays ayant eux-mêmes fermé leurs frontières avec l'Inde), des Émirats arabes unis, du Qatar, de Turquie et du Pakistan, où la présence de variants d’intérêt est observée, a indiqué le Premier ministre Jean Castex.
Seuls les ressortissants nationaux (et conjoints et enfants), ressortissants de l'Union européenne ou d'un pays tiers avec une résidence principale en France sont autorisés à venir en métropole, en présentant avant l'embarquement un test PCR négatif de moins de 36 heures ou un PCR négatif de moins de 72 heures accompagné d’un test antigénique négatif de moins de 24 heures. À l'arrivée, avant de quitter l'aéroport, ils devront se soumettre à un test antigénique. Et ils devront observer une quarantaine de 10 jours, stricte et contrôlée.
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