Encore peu connu dans l’Hexagone, le mouvement Doctors for XR commence à faire parler de lui de l’autre côté de La Manche, là où tout a débuté. À Londres, au printemps 2019, Extinction Rebellion, plus souvent nommé par son diminutif XR, défraie alors la chronique en organisant ses premiers blocages (de routes, d’aéroport et d’institutions politiques).
Ces militants écologiques d’un nouveau genre, qui prônent la désobéissance civile non violente, mènent des actions spectaculaires pour rappeler aux gouvernements l’urgence d’agir face aux dérèglements climatiques.
L'urgence climatique, une question de santé publique
Parmi eux, un certain Chris Newman, médecin. « Un jour, j’ai vu un reportage à la télévision qui décrivait les militants d’Extinction Rebellion comme des gens violents, sans travail, des extrémistes… », déclare le docteur londonien. Une description subjective qui ne correspond pas du tout à la réalité, estime-t-il. Le soir même, le Dr Chris Newman publie sur les réseaux sociaux une courte vidéo dans laquelle il assume, en tant que docteur, soutenir les actions d’Extinction Rebellion.
Son message reçoit le soutien de plusieurs dizaines de confrères et consœurs. « Assez rapidement, nous avons constitué un groupe », raconte-t-il. Avec une idée assez simple : « Expliquer au plus grand nombre en quoi l’urgence climatique est une question de santé publique et pourquoi, en tant que médecins, nous trouvons essentiel de soutenir les actions d’Extinction Rebellion qui mène un travail remarquable. C’est une lueur d’espoir. »
Ainsi prend racine, de manière aussi spontanée qu’intimiste au départ, Doctors for XR, un mouvement qui en réalité ne restera pas longtemps dans l’ombre. Au Royaume-Uni, cette démarche fait l’effet d’une boule de neige et réunit de plus en plus de professionnels de la santé. Ils sont aujourd’hui estimés à 400. Un site internet et un groupe Facebook sont créés. Doctors for XR s’organise sur le même modèle que son grand frère : de manière horizontale. Il n’y a ni leader, ni porte-parole officiel, mais plutôt diverses initiatives soutenues par ceux qui le souhaitent.
Le Dr Angela Wilson, généraliste qui vit à Londres, a choisi de participer à des actions et fait partie des 23 médecins arrêtés en octobre sous la bannière d’Extinction Rebellion. « En tant que médecin, nous sommes toujours inquiets de faire ce genre d’actions, mais je pense sincèrement que notre statut et notre fonction peuvent jouer un rôle. Les enseignants et les docteurs font partie des professions les plus respectées », explique-t-elle, tout en reconnaissant avoir vécu des instants de stress, subi la fatigue et le regard sceptique de certains collègues. « Avec Doctors for XR, nous nous référons à deux déclarations du Conseil général médical : “vous devez agir rapidement si vous pensez que la sécurité, la dignité ou le confort du patient peuvent être compromis. Et vous devez vous assurer que votre conduite justifie la confiance de vos patients en vous et la confiance du public en la profession”. La profession ne pourra plus se cacher. »
La caution de la revue « The Lancet »
En Angleterre, l’arrestation des médecins fait réagir. Le Dr Richard Horton, éditeur de la revue médicale « The Lancet », annonce via les réseaux sociaux qu’il cautionne Doctors for XR. Dans une vidéo, il appelle même le General Medical Council à soutenir les médecins arrêtés (et à ne pas les punir). Richard Horton va plus loin encore en demandant à l'ensemble de la profession d’agir. « Si chaque professionnel de la santé ne faisait qu'une chose chaque semaine pour lutter contre le dérèglement du climat et la dégradation écologique, cela pourrait être absolument transformateur pour notre pays. C’est notre tâche, notre responsabilité, au XXIe siècle, aujourd’hui. »
Néanmoins, la démarche de Doctors for XR reste un sujet délicat et peut surprendre dans une profession où le militantisme est plutôt rare, comme le témoigne le Dr Marie-Jo Ouimet, médecin spécialiste en santé publique, et à l’origine de Doctors for XR au Canada. « Nous sommes seulement une dizaine de personnes pour le moment, rapporte-t-elle. Ce genre d’activisme médical n’est pas courant en Amérique du Nord et en même temps, on sent une attente, une envie des professionnels de se rendre utiles. »
À l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, le Dr Rahsmi Chadha, veut convaincre ses collègues de passer à l’action : « C’est vrai, les médecins sont généralement prudents mais je pense que nous pourrions avoir un réel impact pour amener les gouvernements à agir maintenant », explique celle qui dit avoir eu comme un déclic. « En tant que médecin, je consacre ma vie à veiller à la santé des personnes, mais j'ai compris qu'il ne faut pas séparer la santé humaine individuelle de celle de notre planète. Nous sommes dans un écosystème délicat où chaque composante dépend de l'autre pour sa croissance et sa guérison. »
Presque six mois après sa création, Doctors for XR recense 800 professionnels de la santé à travers le monde occidental (selon Chris Newman) qui s’engagent de près ou de loin dans ce mouvement. Des antennes voient le jour en Europe (Italie, Belgique, Espagne), en Australie, en Amérique du Nord. En France, si certains médecins s’intéressent au mouvement ou ont rejoint les rangs de XR, selon nos informations, aucun groupe n’a officiellement été mis en place.
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