L’ANTIBIORÉSISTANCE est responsable de 25 000 décès chaque année. Reconnue par l’Europe depuis deux décennies comme une menace sérieuse pour la santé publique, elle fait l’objet d’une succession de plans d’action à l’échelle internationale et nationale. Si la France est passée du premier rang, en 2001, au troisième rang des pays consommateurs d’antibiotiques, « ils restent trop prescrits », a constaté Marisol Touraine le 18 novembre, depuis l’Institut Pasteur. Le Plan national d’alerte sur les antibiotiques 2011-2016 et le plan Ecoantibio 2017 ont comme objectif la réduction de 25 % de la consommation sur cinq ans, fondée sur une stratégie de « santé globale » liant santé humaine et animale, promue par l’Organisation mondiale de la Santé. « Mais l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) constate une reprise de la consommation après le succès de la campagne : "les antibiotiques, c’est pas automatique" » s’est inquiétée Marisol Touraine.
Bon usage.
Pour lutter contre l’antibiorésistance, la ministre de la Santé a annoncé trois séries de mesures. Outre le renforcement de l’information des citoyens (grâce notamment à un nouvel indicateur hospitalier de suivi de l’exposition aux antibiotiques), elle a insisté sur le bon usage des antibiotiques. Elle propose de généraliser les référents hospitaliers dans tous les établissements, y compris les maisons de retraite, et d’étendre le réseau de conseils pour les médecins de ville. Elle encourage l’utilisation des tests rapides d’orientation et de dépistage (TROD) pour déterminer l’origine éventuellement bactérienne des pathologies et préconise la limitation de la durée de prescription et de délivrance des antibiotiques les plus générateurs de résistance. De nouvelles recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) devraient être délivrées en ce sens alors que le Pr Dominique Maraninchi, directeur de l’ANSM, juge « nécessaires des mesures quantitatives dès 2014 » sans pour autant aller jusqu’à des ordonnances réservées.
Protection des classes critiques.
Marisol Touraine a ensuite affiché son intention de préserver les médicaments critiques, à utiliser en dernière intention. Elle a rappelé l’expérimentation dans 200 à 300 officines volontaires de la délivrance à l’unité de certains antibiotiques, prévue dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2014. La réserve hospitalière sera aussi renforcée et l’ANSM devrait rendre publique une liste indiquant une dizaine d’antibiotiques à risque.
En santé animale, des référents seront installés sur l’ensemble du territoire pour la prescription des antibiotiques critiques et un objectif chiffré de réduction de leur utilisation sera fixé dans le cadre du projet de loi d’avenir de l’agriculture discuté au parlement en janvier, a promis Stéphane Le Foll.
Plus largement, les ministres entendent agir au niveau européen où la France proposera une discussion afin d’accorder un statut particulier aux antibiotiques, s’inspirant des médicaments orphelins, qui maintienne les vieux produits sur le marché tout en favorisant l’innovation.
La commission européenne a annoncé de son côté le financement de 15 nouveaux projets de recherche à hauteur de 91 millions d’euros. Les 44 bénéficiaires (petites et moyennes entreprises, universités, et autres organisations scientifiques), développeront de nouveaux antibiotiques et des alternatives à l’antibiothérapie (comme les vaccins ou les bactériophages), et s’intéresseront aux nanotechnologies, ou encore à l’antibiorésistance dans la chaîne alimentaire.
En outre, la commission a harmonisé les règles de recueil de données sur l’antibiorésistance liée aux animaux et à l’alimentation, afin que l’évaluation des mesures prises en santé globale soit comparable entre les États membres.
L’agence européenne du médicament (EMA) a enfin publié début novembre de nouvelles recommandations sur le développement des antibiotiques avec la contribution des agences nationales, dont l’ANSM. Des développements ciblés dans le domaine de la multirésistance devraient en sortir.
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention