Délégation d'actes dans le suivi du diabète, en radiologie, et dans la filière visuelle…

La HAS tire un bilan mitigé des protocoles de coopération

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Publié le 07/03/2016
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La Haute autorité de santé (HAS) publie un premier état des lieux des protocoles de coopération, qui ont vu le jour avec la loi Bachelot de 2009 et dont l'objectif est « d’opérer entre professionnels des transferts d’activités ou d’actes de soins ou de réorganiser leurs modes d’intervention auprès du patient. »

Depuis cinq ans, 106 protocoles ont été transmis à la HAS par 21 ARS pour avis. Fin 2014, 1 200 professionnels dont 760 médecins adhéraient à 25 dispositifs (sur 38 autorisés).

La HAS a décortiqué 13 protocoles. Dans l'ensemble, elle juge que la coopération répond bien à un double besoin : l'accès aux soins spécialistes pour les patients d'une part ; un moyen de pallier la baisse démographique médicale d'autre part.

La HAS relève cependant quelques freins, notamment la « lourdeur » de pratiques « chronophages » pour les professionnels et la « rigidité » du dispositif réglementaire. De plus, seuls le protocole ASALEE et le bilan visuel par un orthoptiste sont financés. Le reste est au bon vouloir du médecin. Revue de détails.

• ASALEE : 500 médecins et infirmiers impliqués

ASALEE (qui existe depuis 2004) regroupe 487 généralistes (112 cabinets) et infirmières dans 16 régions en 2014. Depuis son ouverture, 1 000 médecins et 300 infirmiers se sont inscrits au programme.

Ce protocole consiste à déléguer aux paramédicaux le dépistage des troubles cognitifs et BPCO du patient tabagique et le suivi du diabète de type 2 et du risque cardiovasculaire.

L'objectif de six consultations déléguées par jour est atteint à 80 %. Point négatif : le temps de consultation infirmière reste « beaucoup trop élevé » (47 minutes versus 15 minutes par médecin).

• Échographie : 27 radiologues, 16 manipulateurs et 11 300 patients

Dans 15 régions, des manipulateurs formés réalisent des échographies sous l'œil du radiologue. La HAS constate une diminution des délais de rendez-vous (sans les chiffrer), un gain de temps pour le médecin et de bons indicateurs de satisfaction.

Contrairement à ASALEE, le protocole ne monte pas en puissance. Sur le terrain, les patients sont encore très réticents. « Mais en raison d’un déficit en radiologue, l’examen par le manipulateur est maintenu », indique la HAS.

Un second protocole naissant (1 200 actes en Bretagne et en Lorraine) autorise la délégation d'échocardiographie à des infirmières. La HAS apprécie l'absence de signalement d'événement indésirable mais déplore le manque d'implication des professionnels.

• Ophtalmologie : un rendez-vous six semaines plus tôt

La filière visuelle mobilise 41 orthoptistes et 21 ophtalmologistes engagés dans quatre protocoles différents. Déployée en Pays de la Loire, Bourgogne et Midi-Pyrénées, la réalisation d’un bilan visuel par l’orthoptiste (dans le cadre du renouvellement / adaptation des corrections optiques) pour les moins de 50 ans a engendré une diminution des délais de prise en charge de 9 à 7,5 mois avec l’ophtalmologiste. Le délai moyen de rendez-vous avec l’orthoptiste est de 20,7 jours. Moins de 2 % des patients ont déclaré un problème, note la HAS, satisfaite.

Anne Bayle-Iniguez

Source : Le Quotidien du médecin: 9477