La légalisation du cannabis proposée par un groupe de sénateurs affirmait dans une récente tribune du « Monde » que « la légalisation du cannabis donnera les moyens d’agir plus efficacement pour protéger davantage nos concitoyens ». Mais protéger de quoi ? Certainement pas leur santé ! Cette proposition va manifestement à l’encontre d’une protection sanitaire.
L’idée que légaliser permettrait d’avoir la « paix dans les quartiers » est un leurre car les trafiquants se sont déjà investis dans la vente de toutes les autres drogues, la cocaïne et le crack en particulier, qu’il faudrait alors aussi légaliser si l’on voulait conduire le raisonnement à son terme. Personne ne peut nier qu’ils sont bien organisés et savent défendre leur territoire !
L’argument de légaliser pour « protéger la société » est non seulement un leurre, mais aussi un total non-sens : le cannabis est le marchepied de la diffusion massive des autres drogues qui apparaissent. Actuellement, selon l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies, il en apparaît une par semaine. Cet Observatoire en a dénombré 880 fin 2021. Peut-on avoir la naïveté de croire que les trafiquants sont « monodrogue », qu’ils n’adaptent pas leurs tarifs en dessous des tarifs qui seraient officiels et ne pas savoir qu’ils proposent de plus en plus de nouvelles substances, toujours plus actives ? Légaliser serait une grave faute sanitaire, une irresponsable erreur sociale, notre société qui lutte déjà avec la plus grande difficulté contre les deux fléaux que sont l’alcool et le tabac n’a pas besoin d’en ajouter un troisième.
Ivresse, anxiété, dépression, perturbation cognitive, démotivation, troubles psychotiques
Rappelons que le tabac est responsable de 75 000 décès chaque année et que pour consommer du cannabis, il faut fumer. Il y a d’ailleurs quatre fois plus d’usagers de cannabis chez les fumeurs ! Tout cela va complètement à l’encontre du développement de l’objectif zéro tabac pour protéger la santé, objectif soutenu et rappelé par le ministère de la Santé fin 2021 et pour lequel le tabac responsable d’un décès sur huit, constitue une priorité de santé publique de premier plan. Va-t-on augmenter ce danger, sachant que la toxicité du cannabis fumé est bien supérieure à celle du tabac par la production accrue de goudrons et d’oxyde de carbone qu’il induit ?
Alors que le tabac n’engendre pas de troubles psychiques, le cannabis ajoute aux ravages de ce dernier de nombreux effets délétères : ivresse, anxiété, dépression, perturbation cognitive, démotivation, troubles psychotiques dont la redoutable schizophrénie, escalade vers d’autres drogues, effets sur la descendance… auxquels s’ajoutent toutes les formes de violence : familiales, sociétales, routières, professionnelles. Ainsi, en matière de circulation routière, en 2019, 23 % des conducteurs impliqués dans un accident mortel présentaient un test positif aux stupéfiants – cannabis dans plus de 90 % des cas. Ce chiffre qui a connu une progression continue va bientôt rejoindre les 30 % d’accidents mortels sous l’influence de l’alcool.
Qui peut croire que les taxes vont rapporter de l’argent !
L’idée d’une taxe qui rapporterait de l’argent sur la vente de cannabis constitue un autre leurre. Rappelons qu’en France, contrairement à une idée reçue, les taxes sur le tabac et sur l’alcool ne couvrent que 30 à 40 % des dépenses pour les soins liés aux pathologies dues à leur consommation. Citons aussi en matière de vente de cannabis, le bilan de l’État du Colorado : pour un dollar perçu en taxes, l’État doit en dépenser 4,5 pour couvrir les dépenses médicales et sociales liées à ses ventes. Qui peut croire que les taxes vont finalement rapporter de l’argent !
L’idée d’un cannabis d’État légalisé à l’image du Canada, avancé également comme un argument pour la légalisation est aussi un autre leurre car le marché illicite reste encore majoritaire dans ce pays. Le cannabis illégal y est plus fortement dosé et moins cher que le produit d’État qui comporte des taxes. Rappelons également que dans tous les pays qui ont légalisé son usage, la consommation a progressé.
La teneur en tétrahydrocannabinol (THC) a été multipliée par 6,5 en 30 ans et sa cession à l’organisme est accrue par de nouvelles modalités de consommation qui aggravent considérablement sa toxicité. Nous avons déjà dénoncé le piège qui était tendu à l’amateur, il est maintenant bien visible : « Entre cannabis et tabac, faut-il choisir ? » (Message du 2 août 2022 du Centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies.) Le cannabis n’est plus une drogue douce nous en détenons désormais toutes les preuves.
Notons enfin que la descendance du consommateur de cannabis peut être affectée par la même tare, via un mécanisme épigénétique. Il s’agit d’un argument MAJEUR, le risque de transmission aux enfants de l’appétence aux drogues à lui seul devrait bloquer tout processus de légalisation.
Cette contribution n’a pas été rédigée par un membre de la rédaction du « Quotidien » mais par un intervenant extérieur. Nous publions régulièrement des textes signés par des médecins, chercheurs, intellectuels ou autres, afin d’alimenter le débat d’idées. Si vous souhaitez vous aussi envoyer une contribution ou un courrier à la rédaction, vous pouvez l’adresser à jean.paillard@lequotidiendumedecin.fr.
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