Accueil tonique, pour la ministre de la santé, Marisol Touraine, venue présenter à Lille sa stratégie nationale de santé.
Un comité de syndicalistes CGT Santé et Action sociale l’attendait sur les marches du Grand Palais pour réclamer plus de moyens, avec force slogans et banderoles. « On nous demande de faire toujours plus, avec des budgets constants. Les prises en charge sont de plus en plus lourdes, les soins de meilleure qualité, mais cela suppose des moyens supplémentaires » insiste Frédéric Herrewyn, aide-soignant au CHRU de Lille, résumant un sentiment partagé.
Après avoir suivi, à l’hôpital de Lens, une expérience de télémédecine visant à une meilleure prise en charge des malades victimes d’AVC, la ministre a pris le pouls des acteurs de santé régionaux (450 personnes au total - patients, professionnels, associations...), l’objectif de ces forums étant d’écouter les doléances, de susciter des contributions et de nourrir les trois grands axes de la future loi santé (prévention, réorganisation des soins et démocratie sanitaire).
Surmortalité régionale
Dans cette région marquée par des indicateurs de santé déplorables, la question des ressources financières revient comme un leitmotiv. « Les mauvaises statistiques du Nord-Pas-de-Calais sont largement imputables à des comportements à risques, et à l’exposition à des facteurs de risque, a souligné le Pr Jean-Louis Salomez, président de la conférence régionale de la santé et de l’autonomie (CRSA). Ici plus qu’ailleurs, la prévention est essentielle mais elle suppose des moyens. Les dépenses de prévention ne représentent que 0,48 % des dépenses de santé, elles devraient se monter à 1% au moins ».
Soulignant la spectaculaire surmortalité régionale (4 000 morts par an, autant que les tués d’accidents de la route), il a carrément préconisé un nouveau mécanisme de solidarité nationale, passant par la création de « zones de prévention prioritaire », à l’instar des ZEP dans l’Éducation nationale.
Péréquation, plus tard...
La ministre mesure ces injustices territoriales, mais de là à accorder immédiatement des rallonges budgétaires, il y a un pas que Marisol Touraine ne franchit pas en période de vaches maigres. Tout juste envisage-t-elle une forme de péréquation régionale pour l’an prochain.... « Les ARS disposent déjà de fonds propres qu’elles peuvent utiliser en fonction des besoins spécifiques, argumente la ministre. L’ARS du Nord-Pas-de-Calais a décidé d’utiliser largement ces fonds pour la prévention. Pour la prochaine loi de financement de la Sécurité Sociale, j’ai demandé à mes services qu’ils déterminent des critères de répartition des ressources en tenant compte des déterminants de santé de chaque région. » Il faudra attendre avant un éventuel coup de pouce. Les besoins sont criants : médecine scolaire, centres de santé...
Démocratie sanitaire
Interpellée à plusieurs reprises par des usagers qui refusent d’être « cantonnés aux strapontins », Marisol Touraine s’est dite favorable à une nouvelle étape de démocratie sanitaire. « Nous n’avons rien à craindre de leur participation en amont aux processus d’élaboration des politiques de santé. Au contraire. »
À Lille, on a finalement peu entendu les médecins, même si certains professionnels ont fait part de leur épuisement. Étaient-ils peu nombreux dans la salle ? N’ont-ils pas eu le temps d’intervenir ? Le forum lillois a surtout mobilisé les usagers, les élus et le secteur médico-social. Le signe, peut-être, que le Nord-Pas-de-Calais s’approprie les questions de santé...
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention