Tester le statut sérologique contre le Covid par TROD chez toute personne venant recevoir sa première dose de vaccin et n'ayant pas été précédemment diagnostiquée pour l'infection, telle est l'une des recommandations qu'a émises la Haute Autorité de santé (HAS) en conférence de presse ce jeudi 3 juin. Objectif : épargner des millions de doses pour vacciner la population plus vite.
« L'épidémie de SARS-CoV-2 n'est pas terminée, malgré l'amélioration actuelle, a déclaré la Pr Dominique Le Guludec, présidente de la HAS. L'apparition et la diffusion de variants plus transmissibles nous incitent à la vigilance : il nous faut éviter une résurgence de l'épidémie dans les mois qui viennent ».
Complétant l'avis du 11 février dernier, la Haute Autorité réaffirme que quand on a déjà été infecté, une seule dose suffit. « Les personnes déjà infectées par le coronavirus ayant reçu une dose de vaccin développent davantage d'anticorps que celles vaccinées avec deux doses et n'ayant jamais eu le Covid, a rappelé la présidente de la HAS. Et ce, quelle que soit l'antériorité de l'infection ».
Simplifier à l'approche de l'été
Environ 22 % des habitants en métropole auraient contracté le virus, plus de 40 % en Île-de-France. « C'est un réservoir important de population pour lequel une seconde dose n'est pas utile, a-t-elle poursuivi. On pourrait vacciner plusieurs millions de personnes plus rapidement. Et en contexte estival, un schéma simplifié à une dose est le bienvenu ».
La réalisation du TROD est préconisée en centre de vaccination juste avant l'injection de la première dose, le résultat étant disponible à la fin des 15 minutes de surveillance. « Selon le résultat, un rendez-vous pour la seconde dose est fixé ou pas, a insisté la Pr Le Guludec. Il n'y a aucune démarche à faire avant d'aller se faire vacciner. L'objectif est de simplifier, pas de complexifier ».
Et c'est là l'une des conditions à sa mise en œuvre (outre l'absence d'obligation) : « il faudra vérifier en vie réelle que cela n'entraîne pas de difficultés et ne désorganise pas la vaccination », a averti la Pr Le Guludec.
Pfizer chez les ados, des bénéfices individuels et collectifs
Autre avis, très attendu, celui de la vaccination chez les 12 à 15 ans par le vaccin Comirnaty de Pfizer/BioNTech, faisant suite à l'autorisation de l'Agence européenne des médicaments (EMA). Sans surprise, la HAS préconise d'ouvrir l'accès aux adolescents « en donnant la priorité à ceux qui ont des comorbidités eux-mêmes − le plus souvent obésité, diabète, immunodépression − ou, selon la stratégie du cocooning, qui sont dans l'entourage d'une personne vulnérable ou avec comorbidités », a précisé la présidente de la HAS. « Dès lors que la couverture vaccinale des adultes est suffisamment avancée, la HAS recommande d'ouvrir à tous les ados », a-t-elle ajouté.
Aujourd'hui, la tranche des 12-15 ans représente environ 3,2 millions de personnes, « ce qui ne devrait pas poser de problème pour l'absorber dans la campagne vaccinale », a précisé la Pr Élisabeth Bouvet, présidente de la Commission technique des vaccinations.
La HAS a conclu aux bénéfices collectifs mais aussi individuels, directs et indirects. « Les formes sévères de Covid, même rares, peuvent survenir chez les adolescents, notamment en cas de comorbidités, mais aussi sans, a précisé la Pr Bouvet. On compte environ 4 000 hospitalisations dans cette tranche d'âge depuis mars 2020 et plus de 700 admissions en soins critiques. Le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (MIS-C ou PIMS), observé surtout chez les enfants plus jeunes, touche aussi un peu les adolescents. Quelque 558 PIMS ont été signalés en France ». Sans parler des Covid longs observés chez certains adolescents.
Mais outre le volet sanitaire, les jeunes peuvent attendre de la vaccination de grands bénéfices sur plan psychologique, en évitant la rupture des interactions sociales qui a grevé leur quotidien lors de la crise : « c'est la santé mentale, la socialisation et l’apprentissage qui seront ainsi préservés, c'est éviter la fermeture d'établissements à la rentrée ». C'est aussi une protection conférée vis-à-vis de proches vulnérables, les ados étant dans la crainte de les mettre en danger.
Faire face au variant indien
Et dans un contexte où circulent de nouveaux variants plus transmissibles, le bénéfice est collectif. « La vaccination des adolescents permet d'éviter d'être à l'automne de nouveau avec des mesures contraignantes, a souligné la Pr Bouvet, citant les modélisations de l'Institut Pasteur. Une fois les adultes vaccinés, la transmission se ferait par les adolescents (...) Car même si les vaccins sont très performants, l'efficacité n'est jamais de 100 % et la population ne sera jamais vaccinée à 100 % ».
Au chapitre de la pharmacovigilance, les signaux sont au vert et la HAS s'est dite très attentive et surveiller de près ce qui se passe aux États-Unis. Concernant les 700 cas de myocardites rapportés en Israël chez des jeunes adultes, la HAS rappelle que la prévalence est très faible : de 0,8 à 2 par million de personnes vaccinées, respectivement chez les plus âgés et les plus jeunes à partir de 16 ans. « Pour l'instant, l'EMA n'a pas tranché sur l'imputabilité du vaccin », a rappelé la présidente de la HAS.
Autre précision, au sujet du vaccin AstraZeneca (Vaxzevria). Face à l'émergence du variant delta (indien), le directeur général de la Santé a sollicité l'avis de la HAS pour savoir s'il y a lieu de raccourcir le délai entre la première et la seconde dose du vaccin anglo-suédois, actuellement fixé entre 9 et 12 semaines. En effet, si les deux vaccins Comirnaty et Vaxzevria restent performants après deux doses selon une étude de l'université d'Oxford, il existe une « diminution sensible de l'efficacité de ces deux vaccins vis-à-vis de ce variant en comparaison du variant britannique après l'administration d'une seule dose », est-il rapporté. Compte tenu de la circulation modérée du variant, la HAS recommande de ne pas modifier, à ce stade, l'intervalle actuellement prévu entre deux doses de vaccin Vaxzevria.
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