« NOUS ASSISTONS à un détricotage de l’organisation solidaire au profit d’un système impulsé par la pensée libérale », constate, dans son discours d’introduction, Alain Arnaud, président de la Mutualité Fonction Publique (MPF). Ces trente dernières années, les protections sociales en Europe ont eu en effet tendance à « investir dans le social », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Jacques Delors. « Entre 1980 et 2010, leurs financements sont restés stables, à hauteur de 25 à 30 % dans les États membres, un peu moins à l’Est de l’Europe », rappelle Patrick Brenner, expert auprès de la commission Européenne. Mais les changements démographiques et sociaux (vieillissement de la population, explosion des familles monoparentales, mélange entre temps de travail, formation, et retraite, crise économique) bouleversent les schémas anciens. Les États se retirent progressivement des fonds de financement, au profit des cotisations patronales ou salariales et le privé devient une stratégie de compensation des services de proximité, diagnostiquent les experts.
À chacun sa formule.
Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, Roumanie : 5 pays, 5 exemples de transformations radicales du financement de la Sécurité sociale, vers l’individualisation et le libéralisme. Au pays d’Otto Bismarck, « la solidarité n’existe plus, la part patronale est gelée, et les cotisations supplémentaires, auprès d’assurances privées, reviennent à la charge des assurés », avance Otto Kaufmann, chercheur au Max Planck Institut de Munich. L’évolution est encore plus prononcée en Angleterre, où, selon Graham Garbutt, professeur à l’université de West of England, les Anglais sont passés du modèle Beveridgien, promouvant « le progrès social du berceau à la tombe », à la « Big Society » du gouvernement Cameron. Le plan de restructuration du NHS, le service britannique de santé public, prévoit la disparition des autorités stratégiques de santé et autres agences gouvernementales. Des consortiums de médecins assumeront la gestion et répartition de 80 % du budget sanitaire, dans une libre concurrence entre public et privé. L’Espagne et la Belgique offrent de leur côté des exemples de régionalisation de la protection sociale, dans une situation de tension entre régions riches et plus modestes. « Le mouvement flamand a actuellement pris comme levier de sa campagne la politique sociale et remet en cause la cohésion de notre système, en exigeant le bénéfice de ses propres ressources », explique Pierre Reman, directeur de la faculté ouverte de politique économique et sociale. La Roumanie, entrée dans l’Europe en 2007, est quant à elle en pleine restructuration de sa protection sociale, à laquelle n’est consacré que 14 % du PIB. « Nous devons parvenir à avoir notre propre modèle social, pour que 4 000 de nos médecins ne s’exilent pas en France », analyse Marius Profiroiu, de l’Université de Bucarest. « Mais pour être compétitif, sortons du clivage Est-Ouest et réflexion à un modèle commun européen ! » exhorte-t-il.
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