Maladies chroniques vues par le CESE

20 préconisations pour l'évolution du système de santé

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Publié le 13/06/2019
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Crédit photo : Phanie

« Notre système de soin, bâti initialement sur la prise en charge des maladies aiguës, n'est pas adapté aux maladies chroniques, qui nécessitent d'accompagner le malade pour que sa qualité de vie soit la meilleure possible », indique au « Quotidien » Michel Chassang, un des rapporteurs du projet.

20 millions de malades chroniques

Les maladies chroniques sont en hausse constante. Parmi les 20 millions de Français concernés, seule la moitié a une affection de longue durée (ALD) reconnue et bénéficie d’une prise en charge des soins à 100 % par l'Assurance-maladie. « Le système ALD n'est plus adapté », souligne Michel Chassang.

C'est dans ce contexte que le CESE s'est autosaisi pour émettre 20 préconisations articulées autour de quatre axes : agir sur les causes et les conséquences, améliorer la pertinence des soins et la fluidité des parcours et vivre avec la maladie.

« Notre première préconisation est qu'un travail conjoint soit mené par les ministères en charge de la Santé et de l'Environnement afin de mettre en œuvre une politique de prévention », souligne Anne Gautier, co-rapporteuse de l'avis. « Les ministères doivent aller dans le même sens. Aujourd'hui, rien n'est coordonné », déplore Michel Chassang.

La formation des professionnels de santé doit évoluer, tout comme celle des aidants et des patients. « L'éducation à la santé est fondamentale pour la prévention mais aussi pour que les patients aient une connaissance fine de leur maladie pour mieux vivre avec », poursuit le rapporteur.

Le CESE prône également une recherche plus participative, avec une implication renforcée des patients.

Déployer le DMP

Le déploiement du dossier médical partagé (DMP) est un point majeur du deuxième axe. « Que tous les patients atteints de maladies chroniques aient un DMP est un minimum », estime Anne Gautier.

La prise en charge pluriprofessionnelle doit être mieux organisée : « il faut sortir du tout médical et que les professionnels de santé apprennent à travailler ensemble », note Michel Chassang. Pour cela, les regroupements doivent être favorisés et les EHPAD inclus.

« Aujourd'hui, le parcours des malades chroniques s'apparente à un parcours du combattant, constate Michel Chassang. Pour fluidifier le parcours, il faut notamment sortir du tout à l'acte et développer la rémunération forfaitaire ».

Les nouvelles technologies et la télémédecine ont aussi un rôle à jouer. « Elles doivent néanmoins être utilisées à bon escient, afin de ne pas exclure ceux qui n'y ont pas accès », précise le rapporteur.

Favoriser une société plus inclusive

Le dernier axe est centré sur le patient. « Nous devons construire un système de soin basé sur ses besoins », considère Michel Chassang. Les notions de patients experts ou de patients formateurs (qui dispenseraient eux-mêmes des séances d'éducation thérapeutique par exemple) commencent à émerger.

Le CESE appelle à lutter contre la désinsertion professionnelle. « Il y a un besoin de recentrer la médecine du travail dans une logique de parcours de façon à maintenir ou favoriser le retour à l'emploi des salariés souffrant de maladies chroniques », rapporte Anne Gautier. Un cadre de coordination doit être défini entre médecin du travail, médecin traitant, hôpital et employeur pour anticiper ce retour à l'emploi.

Pour évoluer vers une société plus inclusive, l'offre d'appartements de coordination thérapeutique et de lits d'accueil médicalisés doit notamment être développée. « Il faut aussi lutter contre la déscolarisation des enfants », poursuit la rapporteuse.

Enfin, le bilan de la convention AERAS (s'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) doit être fait pour garantir à tous les patients le droit à emprunter et à s'assurer.

« Le but est que les pouvoirs publics s'emparent de ces pistes », insiste Anne Gautier. « Nous serons très vigilants sur ce que l'exécutif fera de cet avis », conclut Michel Chassang.

Charlène Catalifaud

Source : Le Quotidien du médecin: 9757