Accusé de vol d'ovocytes, Severino Antinori, gourou italien de la FIV, a été arrêté mais se défend

Publié le 17/05/2016
Severino Antinori

Severino Antinori
Crédit photo : AFP

Le gynécologue Severino Antinori a été arrêté par les carabiniers italiens le week-end dernier à l’aéroport de Rome. Il est soupçonné d’avoir enlevé et opéré une jeune Espagnole sans son contentement pour lui voler des ovocytes.

Cette arrestation est assortie d’une interdiction provisoire d’exercice de la médecine pendant un an. Le coup est rude pour le gynécologue qui jouit déjà d’une réputation sulfureuse dans le milieu médical. En 1994, Severino Antinori a permis à une Italienne âgée de 63 ans, de devenir mère, une première mondiale. En 2009, il affirme avoir cloné trois bébés mais sans donner de détails. Selon quelques témoignages sous le manteau, ce spécialiste aurait aussi violé la loi italienne en rémunérant des donneuses d’ovocytes, une pratique interdite de l’autre côté des Alpes.

Plainte d'une infirmière

L’affaire démarre par une plainte déposée au tribunal de Milan par une infirmière d’origine espagnole et maghrébine. Selon son avocate, Me Roberta De Leo, la jeune femme âgée de vingt-quatre ans, aurait rencontré le Pr Antinori début mars durant un court séjour en Italie. Le gourou de la fécondation artificielle lui aurait proposé de la recruter dans sa clinique romaine. Durant un contrôle médical effectué par le praticien, l’infirmière aurait évoqué un problème de kystes ovariens. « Le professeur lui a proposé un traitement à base d’injections pour bloquer les kystes puis une éventuelle opération. En fait, il s’agissait d’un traitement hormonal pour stimuler l’ovulation », affirme maître De Leo. Le cycle d’injections aurait duré cinq jours et le 5 avril dernier, la jeune femme aurait été anesthésiée de force avant de subir un prélèvement d’ovocytes.

À son réveil, une autre infirmière lui aurait raconté les modalités de l’intervention en lui conseillant d’appeler la police. Le compte rendu d’un contrôle effectué dans le centre antiviolence de la clinique milanaise Mangiagalli, fait état d’ecchymoses et confirme le prélèvement d’ovocytes.

Une grève de la faim

C’est du moins la version de l’avocate de la victime présumée, le dossier étant couvert par le secret de l’instruction. « À moins d’effectuer une célioscopie, on peut difficilement affirmer qu’un prélèvement d’ovocytes a été effectué. Un simple examen gynécologique est insuffisant », estime le gynécologue Marco Macri.

Placé aux arrêts domiciliaires, le gynécologue affirme que la jeune femme avait signé un document autorisant le prélèvement d’ovocytes. Il laisse aussi entendre, que l’infirmière aurait orchestré un complot pour lui extorquer un contrat de travail, peut-être même de l’argent. Une version corroborée par l’une de ses collaboratrices. « Les thérapies pour stimuler l’ovulation sont longues, il faut du temps, cinq jours sont insuffisants. Toute cette histoire ne tient pas debout. Et puis, le Pr Antinori n’a pas besoin de commettre un tel crime et de prendre de tels risques pour trouver des ovocytes. Il a beaucoup de patientes et de relations », affirme cette collaboratrice qui tient à garder l'anonymat. Le gynécologue a entamé une grève de la faim. « Je suis un homme honnête. Je n'ai jamais volé d’ovocytes à qui que ce soit », a-t-il déclaré.

De notre correspondante Ariel F. Dumont

Source : lequotidiendumedecin.fr