L’Italie dépénalise l’avortement clandestin mais augmente les sanctions pécuniaires

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Publié le 26/02/2016

Le conseil des ministres italiens a approuvé un décret législatif dépénalisant l’avortement clandestin. En revanche, les sanctions pécuniaires sont revues à la hausse. Désormais, les femmes épinglées seront passibles d’une amende comprise entre 5 et 10 000 euros contre auparavant, 50 euros. Le décret devra être entériné par le Sénat et le Parlement italien d’ici à l’été prochain.

Les Italiennes sont montées aux créneaux pour protester contre un dispositif qui « met la vie des femmes en danger car elles auront peur de se retourner vers les hôpitaux en cas de problèmes après un avortement clandestin », tonnent les associations. Ces dernières ont mobilisé les réseaux sociaux en organisant une opération tweetbombing sur Twitter et en multipliant les pétitions. Une lettre ouverte a été adressée au président du Conseil italien Matteo Renzi et à la ministre de la Santé, Beatrice Lorenzin pour demander le retrait des super amendes.

Objecteurs de conscience, délai de réflexion et anonymat

Reste qu’en Italie, avorter en toute légalité est de plus en plus difficile. Selon une étude publiée par le ministère de la Santé, 70 à 90 % du personnel médical et paramédical se déclare objecteurs de conscience. Une attitude qui favorise le recours de plus en plus fréquent aux circuits parallèles. « Le délai légal en Italie pour avorter est de trois mois. Si une femme ne trouve pas de place à l’hôpital, elle choisit la solution de la clandestinité », explique le Pr Vincenzo Maiorana, gynécologue.

Pour l’AOGROI, l’association nationale des obstétriciens et des gynécologues italiens, deux autres aspects importants poussent aussi les femmes à se retourner vers les circuits parallèles. « Dans le public, les patientes qui demandent d’avorter doivent attendre une semaine, le délai fixé par la loi pour leur donner le temps de réfléchir », explique le Pr Vito Trojano, président de l’AOGROI. Il ajoute que ce délai décourage les femmes qui « affrontent un choix difficile et ne veulent pas attendre car elles veulent tourner rapidement la page sur une expérience terrible sur le plan psychologique ».

Autre problème : l'absence d’anonymat. « Dans le public et les cliniques conventionnées, il faut donner son nom. Hors certaines femmes n’ont pas envie que cela se sache », ajoute le Pr Trojano. Pour les spécialistes et les associations, les nouvelles sanctions risquent d’avoir des répercutions sur la santé des candidates à l’avortement. « Les femmes auront peur d’aller à l’hôpital après avoir avorté dans le circuit clandestin et les risques en terme de santé vont augmenter », estime le Pr Maiorana.

De notre correspondante Ariel F. Dumont

Source : lequotidiendumedecin.fr