À l’occasion des XIXes Assises nationales hospitalo-universitaires, qui se tiennent les 27 et 28 novembre 2025 à Nantes, les directeurs généraux de CHU, les doyens et les présidents de CME de CHU ont tiré la sonnette d’alarme via leurs conférences, sur le manque d’attrait du monde hospitalo-universitaire auprès des jeunes pousses de la médecine.
En cause : le statut trop peu attractif des chefs de cliniques assistants (CCA) et des assistants hospitalo-universitaires (AHU), vivier de futurs enseignants-chercheurs. En 2023, le nombre de postes vacants de CCA dans les CHU approchait les 5 %. Entre 1993 et 2024, le nombre de HU a diminué de 3 % alors que le nombre d’étudiants dans les facultés de médecine a été multiplié par trois. « Ce sont des chiffres inédits qui révèlent une vraie crise des vocations, se désole la Pr Isabelle Laffont, présidente des doyens. Avant on se battait pour avoir ces postes. »
Des fonctions trop lourdes
Retraite HU, grille des salaires, manque de délimitation entre le temps consacré au soin et à la recherche… Les raisons de ce manque d’attractivité sont multiples, juge la Pr Laffont. « La majorité des jeunes s’engagent en tant que HU car ils souhaitent faire de la recherche, mais ils ne disposent pas de ce temps à cause de leurs fonctions trop lourdes ! », analyse encore la doyenne qui veut leur donner une vision « claire et prospective » sur le déroulé de leur carrière. Des inégalités persistent aussi avec les autres personnels médicaux de l’hôpital sur le nombre de jours de congé. Enfin, concernant l’application de la réforme des astreintes, l’ensemble de la catégorie HU se trouve pénalisé : quand ils se déplacent, leur temps de travail n’est pas indemnisé.
Alors que les CHU accusent un déficit de près d’un milliard d’euros en 2024, ces structures font l’impossible pour attirer et fidéliser les jeunes HU. « Il faut entendre les jeunes et ne pas les juger. Leurs demandes sont légitimes », déclare la doyenne, qui met en avant le tutorat, le mentoring, les plans de carrières et l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle, en particulier pour les jeunes femmes.
Changement de culture
Le changement de culture est un fait chez tous les médecins. « En moyenne, ils travaillent moins qu’avant. En conséquence, nous avons besoin de plus de personnels universitaires », insiste le Pr Rémi Salomon, président de la Conférence nationale des présidents de CME de CHU, pour qui « les jeunes médecins souhaitent plus de mobilité et de diversité dans leur parcours professionnel. » En témoigne par exemple le succès des postes médicaux partagés pour les spécialités médicales en tension dans les déserts médicaux qui manquent de spécialistes.
La saturation en termes de charge de travail alerte aussi le Pr Salomon, notamment pour la permanence des soins (PDS) dans les disciplines les plus en tension, comme l’obstétrique, l’anesthésie réanimation, la pédiatrie et la psychiatrie. Cette contrainte pousse les jeunes médecins à s’installer en ville ou dans des centres hospitaliers de petite taille ou privés, où les obligations sont moins fortes. « Le CHU risque de s’épuiser. On a besoin de plus de régulation sur ce volet » de la PDS en établissement, recommande le pédiatre.
Une autre solution d’attractivité passe par l’universitarisation des territoires à partir des CHU. « Nos jeunes HU sont contents car ils sont bien encadrés et découvrent des stages en grand nombre », se réjouit la Pr Laffont qui préconise de développer les stages en territoires pour les rendre plus attractifs, aussi bien pour les internes que pour les externes.
Par ailleurs, la doyenne pousse l’idée de la création d’un bonus incitatif pour les étudiants qui s’installent sur le territoire dans lequel ils ont été formés. « Il y a un vrai sujet de brassage en fin de sixième année, insiste la Pr Laffont. Le pourcentage d'étudiants en médecine qui reste sur le territoire dans lequel ils ont été formés est de 27 %. Pour nous, donner un bonus à ceux qui veulent rester faciliterait l'installation dans les territoires un peu isolés ».
Temps de travail et statut des jeunes HU en réflexion, promet Stéphanie Rist
Présente aux Assises hospitalo-universitaires le 27 novembre, Stéphanie Rist a annoncé la création de deux groupes de travail sur le temps de travail et le statut « des plus jeunes en transition vers un poste de titulaire ». Concernant la réforme du régime d’astreintes qui ne satisfait pas le secteur, la ministre de la Santé s’est engagée à étudier les doléances des HU pour leur « apporter une réponse concrète (…) le plus rapidement possible ». Enfin, dans le cadre de la mission « État efficace » du gouvernement, la Délégation du numérique en santé, l’Agence de l’innovation en santé, la mission Article 51 et les équipes en charge de la recherche et de l’innovation vont être regroupés sous une même bannière au ministère de la Santé. « Cet outil permettra une accélération des usages de l’IA et pour passer à l’échelle, soutenir nos équipes, nos chercheurs et nos patients », a appuyé la rhumatologue.
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