Entre la grève des libéraux et les épidémies hivernales, les services d’urgences en grande tension

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Publié le 12/01/2026

Entre l’épidémie de grippe, les conditions météorologiques et la grève des médecins libéraux, « il y a une tension dans tous les services d’urgences », affirme la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Une situation que dénoncent les syndicats et associations d’urgentistes.

Stéphanie Rist, ministre de la Santé, en déplacement aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, jeudi 8 janvier 2026

Stéphanie Rist, ministre de la Santé, en déplacement aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, jeudi 8 janvier 2026
Crédit photo : SEBA/SIPA

Lors d’une visite aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP), jeudi 8 janvier, le constat est sans appel pour la ministre de la Santé, Stéphanie Rist : « Il y a une tension dans tous les services d’urgences », liée aux épidémies hivernales, aux conditions météorologiques et à la grève des médecins libéraux, rapporte l’AFP. La veille, l’hôpital parisien a enregistré une augmentation de 40 % de son activité « qui a été absorbé[e] » avec des patients qui « ont été correctement pris en charge », renseigne la ministre. Si ce « moment compliqué » a pu être géré à Saint-Antoine, une majorité de services d’urgences de l’Hexagone restent sous tension. Dans ce contexte, « on arrive à réquisitionner s’il y a besoin », indique la ministre.

30 à 50 % d’appels en plus, selon SUdF

Depuis une semaine, une hausse de 30 à 50 % des appels urgents pris en charge par les assistants de régulation médicale (ARM), les médecins urgentistes et les généralistes libéraux non-grévistes, est enregistrée par le syndicat Samu-Urgences de France (SUdF). Le 5 janvier, la centrale des urgentistes faisait déjà état d’une « saturation majeure »« les flux dépassent les capacités humaines ».

Cette situation « épouvantable » est également décrite par le Dr Wilfrid Sammut, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Sous l’impact de la grève des libéraux, « les patients des structures privées (cabinets de ville comme cliniques, NDLR), sont « détournés vers les publiques car les injonctions de la réquisition ne fonctionnent pas ». Selon ce médecin régulateur qui critique le service d’accès aux soins (SAS), son établissement, l’hôpital de Versailles, compte en moyenne 2 000 appels par jour depuis plusieurs jours contre un millier en temps ordinaire

Au CHU de Rennes, 100 patients sur des brancards le 3 janvier

Le CHU de Rennes (Ille-et-Vilaine) connaît lui aussi des soubresauts dans ses urgences qu’il attribue à trois raisons : le mouvement de grève des médecins libéraux, qui a un impact direct sur la régulation médicale du SAS-Centre 15, en manque de bras ; un pic épidémique hivernal important (grippe et infections respiratoires) ; des conditions météorologiques défavorables, entraînant une augmentation des accidents et des difficultés de déplacement. Résultat, selon l’Amuf, l’établissement comptait le 3 janvier une centaine de patients sur les brancards. Toujours selon le Dr Sammut, jusqu’à 90 patients ont pu se retrouver à attendre un décroché de la régulation rennaise pendant 30 minutes.

Acculés, plusieurs hôpitaux ont déclenché des plans blancs, dispositif permettant entre autres le rappel des soignants au repos ou la déprogrammation des soins non urgents. C’est le cas, depuis le 9 janvier, à l’hôpital de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Dans une publication Facebook, le centre hospitalier – l’un des plus gros de France – fait état d’« une organisation renforcée jusqu'au 14 janvier inclus », cela « face à une forte activité liée aux épidémies hivernales et au mouvement de grève de la médecine libérale ».


La situation est similaire au centre hospitalier de Sens (Yonne), qui a également déclenché son plan blanc le 9 janvier. La direction de l’hôpital a appelé les infirmiers et les médecins libéraux disponibles à consolider les équipes, indique Ici Auxerre (ex France Bleu). Malgré la situation critique, les urgences sont libres d’accès.

Au centre hospitalier de la Côte basque (CHCB), l’activation du plan blanc le 6 janvier, sert à faire face aux intempéries et aux victimes des accidents de la route survenus dans la région, rapporte Sud Ouest. « Tous les services de l’hôpital, sous coordination de la cellule de crise, sont mobilisés pour accueillir les victimes dans les meilleures conditions », indique l’établissement.

Saturation à Saint-Nazaire

Même combat à Saint- Nazaire (Loire-Atlantique), où deux fois en trois semaines, l'hôpital a tiré la sonnette d'alarme sur la saturation de ses urgences. Le plan blanc a été activé le 5 janvier pour « pallier une forte circulation de la grippe et un nombre anormal de fermetures de lits en aval du fait de l’absence de médecins et/ou de soignants ». Le matin du 8 janvier, « il y avait déjà 23 personnes aux urgences allongées, 15 sur la filière debout, en sachant que l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), de 10 lits, était remplie », recense Cécile Dubé, infirmière CGT à Ouest France. Le service d’accueil d’urgence vitale compte 4 lits tous occupés. « Tout était complet ce matin », ajoute la soignante.

Dans l’attente du deuxième pic de grippe

À Paris, même si le Samu n’est pas percuté, indique le Pr Frédéric Adnet, patron du Samu de Paris, les tensions sont bien présentes dans tous les services d’urgences de l’AP-HP, selon Pierre Schwob Tellier, membre du collectif Inter-urgences (CIU). À Beaujon, l’établissement où il exerce en tant qu’infirmier, le nombre de passages est passé de 90 en moyenne par jour à 140 depuis le début de l’année. « Nous nous attendons aussi à un deuxième pic de grippe à la suite des contaminations qui ont eu lieu entre Noël et le Jour de l’An », indique-t-il. Cette situation est aggravée par le contexte de fin d’année où les agents doivent « liquider les compteurs de congés », ce qui entraîne des fermetures de lits dans les hôpitaux, et donc au final pénalise encore plus les services d’urgences.

En janvier 2025, les hôpitaux français ont été 87 en France à déclencher un plan blanc, selon le ministère de la Santé qui n’a pas communiqué ce chiffre pour janvier 2026. « On ne devrait pas déclencher des plans blancs pour les situations aussi prévisibles que celles-ci, s’agace la Dr Agnès Ricard-Hibon, porte-parole de Samu-Urgences de France (SudF). C’est anticipable : il faudrait réajuster le curseur entre soins programmés et non programmés. »

L’Association française des assistants de régulation médicale (Afarm) dénonce la même ritournelle chaque année : « À la même période, les Samu se retrouvent dans la même détresse saisonnière. » L’association conclut : « Nous ne pouvons plus accepter que la gestion de l’urgence repose uniquement sur le sacrifice des professionnels de santé. »


Source : lequotidiendumedecin.fr