734 services d’urgence passée au scalpel

La moitié des patients attend moins de deux heures

Publié le 04/09/2014
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C’est une photographie des urgences de France prise sur le vif que propose la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES, ministère de la Santé). La récente enquête nationale dont elle a révélé les résultats constitue un tour de force.

Le mardi 11 juin 2013, la DREES a passé la journée aux urgences de 8 heures jusqu’au lendemain, même heure. Plus exactement, ses statisticiens ont analysé dans les moindres détails les passages de 52 000 patients dans 734 points d’accueil des urgences de la France métropolitaine et des DOM. L’objectif était d’établir les motifs de recours, d’étudier les modalités de prise en charge et de mesurer le temps moyen d’attente. Sans surprise, le service public a accueilli la grande majorité de ces urgences. Huit personnes sur dix ont été soignées en hôpital ou en CHU, tandis que 13 % se sont rendues en clinique et 6 % dans un établissement privé non lucratif. L’étude a permis d’établir le portrait type des patients. « Le recours aux urgences est plus élevé pour les nourrissons et les personnes âgées de 75 ans ou plus, avec des motifs de recours plus variés que pour les autres classes d’âges », observe la DREES.

Les enfants en bas âge sont pris en charge pour des pathologies ORL, gastro-entérite, traumatismes, fièvre... À partir de 65 ans, la traumatologie (25 %) et les problèmes cardiovasculaires (17 %) constituent les premiers motifs de recours.

Moins de quatre heures pour huit personnes sur dix

Le cauchemar d’une nuit d’attente interminable aux urgences a vécu. La plupart des patients s’y rendent dans la journée ou en début de soirée. Un quart des passages a lieu entre 20 heures et 8 heures. Huit personnes sur dix sont prises en charge en moins de quatre heures – hors unités d’hospitalisation de courte durée. Un patient sur deux reste moins de deux heures.

Cette durée d’attente varie selon la prise en charge. En cas de lésions traumatiques (main, pied) ou d’empoisonnement, neuf personnes sur dix patientent moins de quatre heures.

Un tiers des patients atteint de fièvre, souffrant de céphalée, de fatigue ou victime d’un malaise sont soignés entre deux et quatre heures après avoir franchi les portes des urgences, mais 20 % patientent entre quatre et six heures.

Les diagnostics qui nécessitent le plus souvent plus de huit heures de présence sont les pathologies cérébrovasculaires (15,6 %), les troubles mentaux (11,9 %) et les cardiopathies ischémiques, hypertensives et les troubles du rythme (11,4 %).

Un passage sur cinq par défaut

Interrogés sur la raison de leur présence aux urgences, deux patients sur trois avancent le motif médical et l’accessibilité (voir diagramme). La volonté de régler rapidement un problème de santé est le plus souvent mentionnée (27 %). La gratuité des soins n’est déterminante que dans 2 % des cas (71 % des usagers ont une complémentaire santé, 9 % la CMU-C et 1 % l’aide médicale d’État).

Près de 20 % des patients admettent toutefois venir aux urgences par défaut, faute de médecin traitant (6 %) ou de rendez-vous avec un spécialiste de ville (5 %).

20 % d’hospitalisations

Autonomes, près de sept personnes sur dix arrivent aux urgences par leurs propres moyens, en majorité en provenance de leur domicile. Un tiers ont entrepris des démarches de santé dans les 24 heures précédant leur venue ; trois sur quatre ont consulté un médecin.

Dans six cas sur dix, le passage aux urgences résulte de la propre initiative du patient ou de la suggestion d’un proche. Seuls 24 % s’y rendent sur le conseil d’un professionnel et 15 % sur celui du SAMU ou des sapeurs-pompiers.

Et après ? 76 % des personnes rentrent chez elles et 20 % sont hospitalisées. 2 % quittent les urgences sans attendre (0,5 % contre avis médical). La DREES observe que la part des patients hospitalisés est trois fois plus élevée quand le conseil de se rendre aux urgences émane d’un professionnel de santé.

Anne Bayle-Iniguez

Source : Le Quotidien du Médecin: 9345