C'était le 18 mars 2019. Une poignée de soignants des urgences de Saint-Antoine (AP-HP) entamaient une grève illimitée en réaction à une énième agression et réclamaient des moyens supplémentaires. Onze mois plus tard, le mouvement a gagné des centaines de services et s'est propagé à l'hôpital tout entier.
Ce vendredi 14 février, jour de la Saint Valentin, le mot d'ordre est de « déclarer sa flamme à l'hôpital public » : les blouses blanches sont appelées à nouveau dans la rue, à l'initiative des collectifs inter-urgences (CIU) et inter-hôpitaux (CIH). À Paris, un cortège s'élancera à 14H de l'hôpital Necker en direction de la Pitié-Salpêtrière après un passage par Cochin. Après le tour de force du 14 novembre, qui avait vu plus de 10 000 soignants battre le pavé, CIU et CIH espèrent mobiliser aussi en dehors de la capitale, sous la forme de rassemblements « festifs ».
« Nous n'attendons pas plus de 2 000 ou 3 000 personnes à Paris mais plus d'une trentaine d'hôpitaux sont mobilisés en France », insiste le Dr Anne Gervais du CIH. Cœur géant et lecture de lettres d'amour à Caen, dépôt de gerbe à l'agence régionale de santé (ARS) à Nantes, chaîne humaine à Pau et Compiègne… Tout est bon pour obtenir le « sursaut politique » attendu.
Les renforts hospitaliers ont été nombreux et les appels à manifester émanent de toute part : collectifs de soignants bien sûr (CIU, CIH, collectif inter-blocs, printemps de la psychiatrie) mais aussi centrales syndicales (CGT, CFDT, SUD, UNSA, CFTC, CFE-CGC), syndicats de praticiens (APH, CMH, INPH, SNAM-HP, Jeunes Médecins, AMUF) et usagers (coordination nationale). Les juniors seront aussi dans la rue (internes de l'ISNI, jeunes pharmaciens ou biologistes de l'AJPH et de la FNSIP-BM) contrairement à la manifestation du 14 novembre.
750 médecins démissionnaires
« On a rongé notre frein depuis la dernière mobilisation », s'impatiente le Dr Renaud Péquignot, vice-président d'Action Praticiens Hôpital (APH). Le gériatre des Hôpitaux de Saint-Maurice veut croire au « regain » de la contestation hospitalière, « un peu gommée par la séquence des retraites » malgré les démissions de praticiens qui s'enchaînent depuis trois semaines. Dans un mouvement de colère inédit, plus de 1 200 médecins ont menacé de quitter leurs fonctions administratives pour alerter sur la situation de crise. Et 750 sont déjà passés à l'action dans 40 établissements.
Du côté revendications, rien n'a changé – ou presque – depuis un an. Malgré trois plans gouvernementaux (juin, septembre et surtout novembre) et près de deux milliards d'euros débloqués, « rien n'est résolu, ni à moyen ni à long terme », tranche le Dr Anne Gervais. Dénonçant un jeu de redéploiement budgétaire, les hospitaliers réclament toujours des mesures immédiates pour endiguer l'hémorragie dont la hausse de l'objectif national des dépenses maladie (ONDAM) à 4,4 %, l'arrêt des fermetures de services (couplé à des réouvertures de lits) et 300 euros d'augmentation mensuelle nette de tous les salaires.
Aux revendications générales s'ajoutent des demandes catégorielles. D'une seule voix, les syndicats de PH demandent la revalorisation « significative » de l'entrée dans la carrière, la prise en compte des suppléments de charge de travail liés à la désertification médicale, le maintien du concours national de PH et une médicalisation de la gouvernance. « Il faut un correctif budgétaire rapidement et l'organisation d'un Grenelle de la santé, avance le Dr Anne Gervais. Si l'exécutif ne fait rien, il sera sanctionné dans les urnes ».
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