Seuls quatre praticiens hospitaliers sur dix s’estiment satisfaits de la réforme définitive des astreintes médicales entrée en vigueur le 1er novembre 2025, selon une enquête réalisée du 19 au 25 janvier 2026 auprès de 1 231* praticiens par le Snphare, rendue publique le 9 février. Deux praticiens sur dix se disent même « pas du tout satisfaits ».
Le taux de PH estimant avoir « totalement » compris la réforme des astreintes atteint 44 %. 49 % l’ont « plus ou moins » comprise et 7 % « pas du tout ».
À la question de savoir s’ils sont gagnants ou perdants, seuls 39 % estiment que leur travail en astreinte sera mieux rémunéré.

Parmi ceux qui anticipent une revalorisation, seuls 29 % attribuent un niveau de satisfaction supérieur ou égal à 8 sur 10.
Cette enquête du Snphare, syndicat particulièrement mobilisé sur la permanence des soins en établissement (PDS-ES), visait à documenter les ressorts du mécontentement. Le syndicat pointe plusieurs freins à la mise en œuvre des mesures pérennes de la réforme : opacité du financement, déficit de pédagogie autour des nouvelles règles, délais de déploiement trop courts et concertation incomplète, certains interlocuteurs ayant été écartés (praticiens, commission d’organisation à la PDS, CME…). Autant d’éléments qui « laissent planer le doute sur l’homogénéité territoriale des tarifs », selon le Snphare, sans compter la situation spécifique des hospitalo-universitaires (voir encadré).
Il y a plein d’hôpitaux où l’on n’arrive jamais à 280 euros. On ne sait pas comment cet argent public a été fléché. Cette opacité est anormale
Dr Anne Wernet, présidente du Snphare
Alors que la réforme est censée être intégralement financée par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2025, les directions d’établissement ont invoqué dans la très grande majorité des cas des contraintes budgétaires pour limiter les forfaits. Neuf praticiens sur dix estiment que ce facteur a pesé sur la construction des grilles tarifaires, pour une réforme dont le coût est évalué à 145 millions d’euros, possiblement sous-estimé selon le Snphare. « Il y a beaucoup d’hôpitaux où l’on n’atteint jamais les 280 euros » du tarif plafond, observe la Dr Anne Geffroy-Wernet, présidente du syndicat. « On ne sait pas comment cet argent public a été fléché, cette opacité est anormale. »
Dans les faits, seuls 42 % des praticiens déclarent que le forfait plafond est appliqué dans leur établissement. Pour un tiers d’entre eux, les forfaits négociés ne dépassent pas 220 euros.
Perte de confiance
S’agissant des nouvelles revalorisations attendues sur la paye de janvier 2026, seuls 77 % des sondés se disent certains de les percevoir effectivement. Une minorité (4 %) pense rester rémunérée selon les mesures transitoires appliquées entre juillet et novembre 2025 et 11 % n’ont aucune idée du montant à venir.
Les situations décrites traduisent une réforme inachevée : forfaits toujours en négociation, forfait unique à 70 euros quelle que soit la pénibilité, maintien de l’ancien mode d’indemnisation, ou encore absence de rémunération des déplacements. Seuls 37 % des praticiens pensent que ces derniers seront valorisés comme prévu par les textes.
La construction des grilles tarifaires apparaît elle aussi très hétérogène. 14 % des praticiens indiquent que les forfaits ont été définis sans aucun critère d’évaluation de la pénibilité. Un peu plus de la moitié mentionnent l’utilisation de critères formalisés (score Snphare, critères FHF ou score local), tandis que 26 % rapportent que leur service n’a pas été consulté.
Le Snphare, qui doit rencontrer des représentants de la DGOS (ministère) fin février, souhaite également échanger avec la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, sur le financement de la réforme, la méthodologie d’élaboration des tarifs et la distinction entre forfait et valorisation du temps de travail.
* 1 231 praticiens concernés directement par la réforme des astreintes sur un total de 1 540 ayant répondu à l’enquête
Les HU tirent (encore) la sonnette d’alarme
Depuis l’application de la réforme, le syndicat des hospitalo-universitaires (SHU) alerte le ministère de la Santé sur l’iniquité financière qui touche les 6 500 PU-PH, MCU et autres praticiens partageant leur activité entre l’hôpital et l’université, par rapport aux praticiens exclusivement hospitaliers. Selon le syndicat, la ministre Stéphanie Rist a reconnu l’« anomalie réglementaire » empêchant les HU d’être indemnisés pour leurs déplacements réalisés en astreinte. Mais « rien n’a changé alors que les quatre mois nécessaires au calcul des indemnités arrivent à terme », déplore le SHU.
Malgré un nombre limité de répondants (24 PU-PH, 14 CCA et 19 MCU-PH), l’enquête met en évidence un fort mécontentement : 84 % souhaitent avoir accès au temps de travail additionnel et 88 % demandent un passage à des obligations de service de dix demi-journées hebdomadaires, contre onze actuellement.
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