LE QUOTIDIEN : Quels sont vos chantiers prioritaires en tant que nouveau président de SUdF ?
DR YANN PENVERNE : Historiquement syndicat de médecins urgentistes, Samu-Urgences de France est arrivé à un niveau de maturité suffisant pour devenir celui des professionnels de santé de la médecine d’urgence.
Mon premier axe est de développer l’assise de SUdF pour en élargir sa représentativité. Nous souhaitons nous ouvrir aux jeunes médecins de moins de 35 ans. Deux d’entre eux sont rentrés dans notre conseil d’administration en décembre. Nous allons aussi ouvrir le syndicat aux paramédicaux (infirmiers, cadres, IPA) car la médecine d’urgence ne s’exerce pas qu’avec des docteurs.
Nous souhaitons professionnaliser l’action syndicale et l’expertise juridique et réglementaire, à savoir mieux répondre à nos adhérents à travers la mise en place d’un guichet unique. Par ailleurs, nous devons porter la voix de la médecine d’urgence auprès des politiques. On parle souvent des urgences quand ça va mal. Il faut en parler autrement. Car les structures d’urgences (régulation des Samu, réponse des Smur, services des urgences) constituent un pilier de la société.
Entre la grève des libéraux et les épidémies, les tensions aux urgences ont été dramatiques ces dernières semaines. Comment comptez-vous améliorer les conditions de travail ?
Il n’y a pas de fatalité, parfois c’est le marasme. Il nous faut sortir de ces difficultés devenues trop chroniques. Concernant la reconnaissance de la pénibilité (nuit, week-end) et l’amélioration des conditions de travail, qui impactent gravement notre espérance de vie, nous demandons des trimestres de bonification pour notre retraite, comme c’est déjà le cas pour les sapeurs pompiers. Concernant la revalorisation des astreintes, qui est le fruit d’un long travail de concertation, c’est un texte récent qui se met en place doucement. Laissons la réforme se déployer localement.
Nous devons aussi mettre en place des outils avec la tutelle pour éviter la saturation des services. Les conditions de travail sont encore extrêmement difficiles. Il faut arrêter la fuite de nos professionnels, médecins comme infirmiers. Les Samu-services d’accès aux soins (SAS) doivent être renforcés. La saturation de l’urgence est multifactorielle et une énorme partie est due à l’aval des urgences. Une mission ministérielle ordonnée par Yannick Neuder va bientôt rendre ses préconisations. Les solutions seraient la mise en place de cellules publiques-privées d’ordonnancement des lits territorialisées. Il faut aussi mobiliser les ambulanciers privés pour fluidifier les transferts de patients et améliorer l’articulation avec le médico-social. Sur l’amont, outre la régulation du Samu, nous devons réfléchir collectivement au juste adressage des patients avec la ville.
La régulation médicale est un continuum. Nous ne sommes pas dans un saucissonnage de la réponse
Quels sont les sujets que vous voulez porter en haut de la pile avec le ministère ?
Il s’agit du Beauvau de la sécurité civile qui a duré un an et pour lequel nous n’avons pas été concertés. Or le projet de loi de décentralisation porté par le gouvernement appellerait à modifier la gestion des secours et des soins d’urgence en la confiant aux préfets. Sur ce modèle de sécurité civile, il faut certes travailler avec les sapeurs pompiers, 87 % de leur activité étant constituée de secours de soins d’urgence. Mais il serait impensable qu’on puisse légiférer et traduire sur le terrain des propositions qui n’auraient fait l’objet d’aucune concertation avec nous. Il faut valoriser les instances existantes que sont les comités d’organisation de l’aide médicale d’urgence et de la permanence des soins, codirigées par le préfet et qui servent à gérer la réponse opérationnelle au sein des départements. Quelle sera alors la position des ARS si cette réforme était mise en place ?
Aujourd’hui la régulation médicale est un continuum. Nous ne sommes pas dans un saucissonnage de la réponse entre ceux qui analyseraient la demande d’un côté et ceux qui organiseraient la réponse de l’autre. Par ailleurs, nous restons résolument opposés à tout projet de plateforme commune généralisée alors même que la loi Matras avait appelé à des expérimentations et à une évaluation qui n’ont jamais été réalisées.
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