« La crise aux urgences actuelle n’est plus exceptionnelle : elle est devenue structurelle. » C’est en ces termes que neuf sociétés savantes, associations et syndicats* d’urgentistes et d’assistants de régulation médicale (ARM) tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la saturation hivernale dans les Samu, services d’accès aux soins (SAS) et services d’urgences.
La situation est telle que médecins et ARM réclament à être reçus « dans les plus brefs délais » par la ministre de la Santé Stéphanie Rist. « Il ne s’agit plus aujourd’hui de solliciter une concertation de façade, indiquent-ils. Les professionnels exigent une audience ministérielle afin d’exposer directement les conséquences concrètes, immédiates et graves que la poursuite de [la] politique [de santé actuelle] ferait peser sur la sécurité des patients, la continuité des soins d’urgence et la responsabilité juridique et morale des soignants ».
Des plans blancs en cascade
Récurrente tous les ans mais accentuée cette année par le mouvement de grève des médecins libéraux et des cliniques privées, la forte tension aux urgences de l’hôpital public « n’est tolérable ni pour les patients, ni pour les soignants », insistent les syndicats.
De fait, partout en France, les personnels des urgences témoignent de la dégradation de leurs conditions de travail. À Avignon, Lons-le-Saunier ou Lannion, les plans blancs s’accumulent. Mercredi, l’hôpital de Pithiviers a dû renforcer son parc et ses équipes, raconte la République du Centre. À Nevers, les urgentistes peinent depuis le début de la semaine à contenir une « affluence exceptionnelle », relate le Journal du Centre. Les CHU d’Orléans, Rennes, Caen, Brest sont sous l’eau. À l’appel de la CGT, les soignants de Chalon-sur-Saône sont en grève (symbolique) depuis le 10 janvier. Ceux du CHU d’Angers feront de même à l’appel de FO à partir de lundi prochain.
Un tournant avant la rupture
« Les conditions d’exercice sont indignes et les conséquences sont majeures, déplorent les neuf sociétés de spécialistes de l’urgence : événements indésirables graves, décès sur brancards, perte de chance pour les patients, épuisement physique et psychique des équipes, fuite des professionnels et perte d’attractivité d’une spécialité incontournable. » Partout, les soignants urgentistes constatent une « augmentation de 24 % de l’activité des Samu-SAS qui se maintient en ce début d’année ».
Dans ce contexte, « les ajustements ponctuels, les discours de reconnaissance et les promesses ont atteint leurs limites ». À cela s’ajoute le projet de loi de décentralisation du gouvernement qui, s’il est encore dans les tuyaux de Matignon, risque de « déstabiliser la réponse opérationnelle aux situations d’urgence » en transférant leur gestion aux préfets, déplorent médecins et ARM. Et de taper une dernière fois du poing sur la table : « 2026 doit marquer un tournant avant la rupture ».
Samu-Urgences de France (SudF), Société française de médecine d’urgence (SFMU), Association nationale des centres de formation des assistants de régulation médicale (Ancfarm), Fédération des observatoires régionaux des urgences (Fedoru), Association française des assistants de régulation médicale (Afarm), Association nationale des centres d’enseignement des soins d’urgence (Ancesu), Conseil national professionnel de la médecine d’urgence (CNP MU), Société française de médecine de catastrophe (SFMC), Collège national des universitaires de médecine d’urgence (CNUMU)
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