Bourde dans les choix de stage : Buzyn cible les enseignants de médecine générale, ces derniers l'accusent de « simplisme »

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Publié le 24/10/2019

Crédit photo : Public Senat

Le torchon brûle entre la ministre de la Santé et les enseignants de médecine générale. 

Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) et le Syndicat national des enseignants de médecine générale (SNEMG) condamnent chacun de leur côté les « attaques » d'Agnès Buzyn, ministre de la Santé, sur « Public Sénat », dans la foulée du pataquès sur les choix de postes des internes généralistes d'Ile-de-France.

Décision lourde, l'agence régionale de santé (ARS) francilienne a dû casser et relancer toute la procédure de choix de postes des 490 internes de médecine générale à 15 jours de leur prise de fonction, à cause d'une très mauvaise répartition initiale dans les services de pédiatrie des établissements de Paris intra-muros et ceux de la petite et grande couronne francilienne. Une situation qui avait conduit des chefs de service de pédiatrie à alerter sur un risque de crise sanitaire cet hiver en périphérie parisienne.  

Interrogée sur ce loupé inédit, Agnès Buzyn avait explicitement dénoncé une erreur des enseignants de médecine générale. « Ce n'est pas une erreur administrative, ce sont les enseignants qui répartissent les postes d'internes et notamment les enseignants de médecine générale à Paris, qui se sont trompés dans les chiffres », avait-elle ciblé . « Ils en ont mis trop dans le centre de Paris et pas assez dans la couronne », avait explicité la ministre, manifestant son agacement, sa colère et sa volonté d'explications. 

Une alerte des enseignants dès septembre

Sauf que… Ces propos ne sont pas passés inaperçus auprès des organismes représentant les généralistes enseignants qui sont sortis de leurs gonds. « La ministre a résumé cela de manière simpliste et erronée en accusant les enseignants de médecine générale d'être responsables de la répartition des internes dans Paris, en délaissant les services de périphérie, s'exaspère le CNGE. Au-delà de l'aspect stigmatisant de ces propos, se pose la question de la connaissance de la réglementation par la ministre. » Difficile d'être plus clair.   

De fait, les internes de médecine générale réalisent six stages de six mois partagés entre les stages hospitaliers et les stages dits ambulatoires. La répartition du nombre de postes à ouvrir dans les stages hospitaliers, chaque semestre, est étudiée lors de la commission d'évaluation des besoins de formation. Or, de nombreux acteurs y sont impliqués, et pas seulement les enseignants de médecine générale !

« Sous l'autorité des doyens, les responsables de l'ARS, les responsables des coordinations de gériatrie, de gynécologie, de médecine générale, de médecine interne, de pédiatrie, des urgences, les syndicats d'étudiants, l'AP-HP, la fédération des hôpitaux de France, l'URPS », cette commission d'évaluation « donne un avis au directeur général de l'ARS sur le nombre minimal de postes à ouvrir, chaque semestre », se défend le CNGE.

Le SNEMG « indigné »

C'est aussi la douche froide au SNEMG qui se dit « indigné » des critiques d'Agnès Buzyn tenues « sans vérification ». La ministre « ignore visiblement que les enseignants de médecine générale ne sont qu'une des composantes de la commission de répartition des postes des stages hospitaliers et que la répartition finale est le fruit de l'arbitrage effectué par l'ARS », résume le Dr Anas Taha, président du SNEMG.

Les propos d'Agnès Buzyn sont jugés d'autant plus jugés inappropriés que la coordination de médecine générale d'Ile-de-France avait alerté l'ARS francilienne dès septembre sur la nécessité d'un fléchage des étudiants et le risque de mauvaise répartition.

« La coordination de médecine générale a signalé que le nombre de postes ouverts au choix était beaucoup plus important que d'habitude, car il fallait répondre aux obligations de deux promotions ancien et nouveau régime, qui ne répondaient pas aux mêmes maquettes de formation, explique au « Quotidien » le Dr Taha. Il fallait envisager un parcours fléché, avec des contraintes de choix pour permettre aux internes de se répartir sur les différents postes de façon équitable. » Les syndicats affirment que l'ARS a négligé cette alerte « au motif que cela n'était pas acceptable juridiquement ».

Compensation de 400 euros bruts par mois

Le SRP-IMG, syndicat des internes de médecine générale parisien, a précisé sur sa page Facebook que les choix de postes s'effectueront à nouveau le 28 et 29 octobre. Il précise que, dans le cadre de la nouvelle procédure, les internes contraints de changer de stage bénéficieront d'une compensation financière de 400 euros bruts par mois pendant six mois.


Source : lequotidiendumedecin.fr