C'est un texte qui, une fois de plus, n'obtiendra pas les faveurs des futurs médecins… Consultée par Le Généraliste, une proposition de loi, déposée ce vendredi 19 novembre à l'Assemblée nationale, énumére, en huit articles, des mesures chocs pour lutter contre les déserts médicaux.
Reprenant un rapport d’information des sénateurs Philippe Mouiller et Patricia Schillinger du 14 octobre 2021, les 40 députés signataires du texte déplorent que « le principe de liberté d’installation (soit) insuffisamment mis en regard du principe d’égal accès aux soins et de la notion d’intérêt général. »
Remise en cause de la liberté d'installation des médecins
Pour lutter contre les déserts médicaux, les députés proposent ainsi d'instaurer un conventionnement sélectif.
Concrètement, un médecin en libéral pourrait envisager de s'installer dans une zone « sur-dotée » seulement si un autre médecin conventionné décide de prendre sa retraite.
« Ainsi, l’accroissement du nombre de médecins conventionnés ne pourrait se faire que dans les zones sous-dotées, en ne procédant qu’à un renouvellement du conventionnement de médecins dans les zones sur-dotées », écrivent-ils.
Autres mesures coup-de-poing ? L'instauration d'une période de préavis d'un an pour les médecins qui souhaiteraient quitter un territoire sous-doté ou encore l'obligation d'exercer pendant 3 ans, après obtention de son diplôme, dans une zone sous-dotée.
Cela permettrait « d’améliorer nettement et immédiatement l’égal accès aux soins. Ces années d’exercice, le contact avec la patientèle locale, la connaissance du territoire permettraient assurément à plusieurs médecins qui n’imaginaient pas s’installer dans ces territoires d’y rester », suggèrent les députés.
Colère des internes en médecine générale
Mais pour Mathilde Renker, interne en deuxième année de médecine générale à Nancy et présidente du syndicat ISNAR-IMG, « ces mesures coercitives sont des fausses solutions ».
Avant d'ajouter : « la mesure qui instaure l'obligation d'exercer trois ans en zones sous-denses après l'obtention de son D.E.S risque de produire l'effet inverse. Cela va induire une fuite des étudiants qui vont préférer se tourner vers d'autres voies pour ne pas exercer dans de telles conditions ».
Plutôt que d'interroger uniquement les personnes n'ayant que la coercition démagogique à la bouche @bleumayenne, pourquoi ne pas interroger les jeunes internes de Médecine Générale et leurs propopositions sur leur territoire ?
— Morgan Caillault (@MorganCaillaul3) November 16, 2021
Qu'en penses-tu @KilianThomas12 ? https://t.co/PyIsxh9FSF
Il y a aujourd'hui, selon l'étudiante, une « réelle nécessité de travailler sur l'attractivité de ces territoires et pas seulement sur le plan médical ».
« S'il n'y a pas une réelle démarche de réattractivité du territoire, avec la création notamment de services de proximité, je ne vois pas comment les médecins vont pouvoir s'installer dans ces zones... Si on les y oblige, ils vont se retrouver à devoir exercer pendant trois ans sur des territoires qu'ils n'ont pas choisis. In fine ils ne s'installeront pas », souligne-t-elle.
Elle s'interroge : « dans ce cas, quid du bénéfice pour la population ? Les patients ne peuvent pas changer tous les trois ans de médecins. Cela risque de créer une médecine à deux vitesses où les patients n'auront finalement pas de suivi sur le long terme ! »
Pour lutter plus durablement contre les déserts médicaux, la future praticienne plaide notamment, au nom du syndicat qu'elle préside, pour l'installation de guichets uniques dans ces zones sous-denses.
« Le principe est de désigner un interlocuteur unique sur un territoire. Celui-ci va accompagner le jeune médecin dans ses démarches d'installation. Cela peut-être une aide administrative par exemple. On peut également imaginer qu'il puisse aider le conjoint du médecin qui souhaite s'installer dans sa recherche d'emploi ou encore trouver une place en crèche pour ses enfants ! »
Un dispositif qui existe déjà dans l'Eure, l'Aisne, l'Oise ou encore l'Aveyron et qui, selon l'interne, a déjà fait ses preuves.
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