LE QUOTIDIEN : Vous avez passé trois jours en « exil » à Bruxelles dans le cadre d’un mouvement de grève des praticiens sur plateaux techniques lourds. Quel bilan dressez-vous de cette action des spécialités de bloc ?
Dr JUSTINE CAGNAT : Le bilan est très positif, à la fois sur le plan personnel et collectif. Sur le plan personnel, j’ai pris conscience du rôle et de l’importance des syndicats et de la façon dont on peut s’investir pour continuer à faire porter notre parole et nos revendications.
J’ai pu surtout rencontrer d’autres médecins de ma spécialité propre, la gynécologie, mais aussi des autres spécialités du bloc lourd. Au bout du compte, on se rend compte que nous avons des problématiques similaires en termes d’activité, d’assurance ou de cotations. Mais surtout, on subit le même problème de valorisation de notre activité et de reconnaissance de notre service rendu à la population par l’Assurance-maladie. Il y a eu une belle cohésion de groupe. Cela a été des moments d’échanges et de rencontres très forts.
Quel bilan dressez-vous de cette action choc des spécialités de bloc opératoire ?
À l’occasion d’une réunion de travail avec le Syngof, cela m’a permis d’apprécier tout l’intérêt du syndicalisme. On se rend compte qu’un syndicat n’avance pas tout seul, juste avec nos cotisations. Il a besoin de gens motivés pour s’investir, à la fois sur le plan national pour être des interlocuteurs de poids afin de porter nos revendications, mais aussi sur le plan local. C’est le rôle des délégations régionales qui permettent de participer à la formation des praticiens en termes de cotation et de faire remonter les informations et les difficultés rencontrées par le terrain.
De mon côté, j’ai découvert le syndicalisme il y a peu de temps. Je viens d’intégrer le syndicat Jeunes Médecins en tant que secrétaire générale de la branche régionale Sud. Syndicat transversal qui regroupe à la fois le monde hospitalier, libéral et les internes.
“Les compléments d’honoraires des médecins sont un faux problème
Quelle suite prendra, selon vous, ce mouvement de fronde de la médecine libérale ?
Personnellement, je rentre à Nice et je reprends mon activité de médecin. Mais je poursuivrai les informations auprès des patientes. Je crois que nous avons un gros travail d’éducation à faire. L’ensemble des médecins voient entre un et deux millions de patients par jour. On a une force de sensibilisation colossale pour dire que notre métier, c’est de les soigner ! Et que le métier de la Sécurité sociale et des mutuelles, c’est de les rembourser.
On ne veut pas être les boucs émissaires des problèmes d’accès aux soins et du coût des soins dans la santé. Les compléments d’honoraires des médecins sont un faux problème.
C’est donc la fin de l’exil mais pas de la colère des médecins libéraux ?
On ne lâchera rien, nous sommes galvanisés. On est en colère, ce qui ne nous empêche pas de rester corrects dans nos propos et nos interpellations, que ce soit auprès des instances ministérielles ou de la Cnam. En tapant sur tout le monde, secteur 1, secteur 2 et secteur 3, ils ont réussi à nous réveiller, libéraux comme hospitaliers comme on l’a vu lors de la manifestation du 10 janvier. On sent que l’ensemble des médecins, qui étaient peut-être dispersés, sont encore plus soudés qu’ils ne l’étaient avant.
Le Bloc appelle à une grève « illimitée » des gardes
Indignés par le « silence assourdissant » de Matignon face au mouvement de grève des médecins libéraux, le syndicat Le Bloc, alliance de chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs et gynécologues-obstétriciens libéraux, a appelé à une grève « illimitée » des gardes de soirée et week-ends en cliniques à partir de ce jeudi.
Le mouvement s’inscrit dans la continuité de la grève nationale qui a débuté depuis le 5 janvier contre certaines mesures du budget de la Sécurité sociale adopté en décembre, et plus largement contre des politiques qu'ils voient comme une « dérive autoritaire » de la gouvernance du système de santé. Après une manifestation unitaire le samedi 10 janvier, la mobilisation s’est durcie depuis ce week-end avec des fermetures de blocs opératoires, des maternités et services d’urgence et un exil symbolique de 1 500 médecins à Bruxelles. Le Bloc réclame aujourd’hui une réponse directe du Premier ministre et devait rencontrer la ministre de la Santé, Stéphanie Rist ce jeudi 15 janvier.
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