Est-ce une escalade dans le bras de fer qui oppose les syndicats de médecins libéraux aux pouvoirs publics ? Des voix s’élèvent depuis quelques jours pour cibler le directeur général de la Cnam, voire réclamer son départ (alors qu’il a été reconduit à son poste l’été dernier), critiquant une forme d’« autoritarisme » et de « déni » des difficultés de la profession.
À cet égard, l’entretien du DG de la Cnam au Quotidien, publié lundi 5 janvier, premier jour de la grève, n’est pas passé inaperçu. Le directeur général de la Cnam y défendait la vitalité du système conventionnel (dont les revalorisations entrées en vigueur début 2026) mais dénonçait parallèlement les « fake news » autour des mesures réelles du budget de la Sécurité sociale (LFSS 2026) – plusieurs irritants ayant été supprimés dans la version finale. « Cette interview du DG me met hors de moi, avance le Dr Jérôme Barrière, oncologue médical gréviste et porte-parole du collectif médical du Sud-Est (CMSE). Et je suis très mesuré d’habitude. Mais là c’est ubuesque. Ce monsieur à la tête de la Cnam depuis cinq ans est RESPONSABLE de la situation actuelle. » « Samedi 10 janvier à la manifestation à Paris, je crierai “FATÔME DÉMISSION !”, assurait l’oncologue sur son compte LinkedIn.
Dérive
Jeudi, la Cnam a fait face à une deuxième salve de critiques ad hominem, qui n’épargnent pas non plus l’ancienne directrice adjointe, Marguerite Cazeneuve, juste démissionnaire. Cette dernière vient de quitter la Cnam et rejoint Place Publique, le parti de Raphaël Glucksmann. Là encore, son interview publiée dans Libération, dans laquelle elle expliquait que la grève des médecins libéraux n’était pas justifiée, espérant au passage qu’elle serait peu suivie, a braqué la profession.
« Depuis le 5 janvier, les médecins sont en grève pour dénoncer une gestion du système de santé qui sombre dans l'autoritarisme, répliquent dans un communiqué commun sept organisations syndicales et collectifs* de soignants, médecins, infirmiers et organismes sociaux. Alors que les soignants tirent la sonnette d'alarme, le directeur Thomas Fatôme et son ancienne numéro 2, Marguerite Cazeneuve, choisissent l’agressivité, qualifiant nos alertes de “fake news” ».
La CSMF ne demande pas la tête du DG
« Ce conflit social entre les médecins libéraux et l’Assurance-maladie est réel mais ce n’est pas une question de personnes », recadre le Dr Franck Devulder, président de la CSMF. « Nous avons de sérieux points de désaccord avec la Cnam : sur l’Optam, sur l’imagerie, sur l’encadrement des prescriptions d’IJ des généralistes… mais en aucun cas, la CSMF ne demande la tête du DG de la Cnam. Nous voulons juste nous assurer que le dialogue conventionnel, avec les syndicats de médecins libéraux, conserve sa place pleine et entière pour préserver notre système de soins. C’est tout le sens de notre mouvement de grève », analyse le gastroentérologue de Reims.
Ce vendredi 9 janvier, Stéphanie Rist a réaffirmé sa volonté de renouer les fils du dialogue en recevant directement les syndicats médicaux « pour échanger sur leurs craintes et voir comment travailler sur les sujets pour lesquels ils ont de l’inquiétude, voire de la colère ».
Jeunes Médecins, Médecins Pour Demain, Force Ouvrière des cadres et employés des organismes sociaux, Syndicat des infirmiers libéraux (Onsil), Syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP), Syndicat national des infirmiers libéraux (Infin’IDELS), Collectif médical du Sud-Est (CMSE)
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