Les hôpitaux de proximité auraient-ils davantage la cote ? Quatre ans après l’ordonnance de mai 2021 prévoyant la labellisation de quelque 500 petits établissements (327* à ce jour), le député Yannick Monnet, rapporteur d’une mission flash, tirait déjà un bilan positif de cette réforme en septembre. La sortie de la tarification à l'acte (T2A), a « redonné de l'air » à ces petits établissements, recentrés sur l’activité de médecine générale, gériatrie et réadaptation, mais qui donnent accès à une offre de soins minimale : activité de médecine polyvalente, consultations de spécialité, plateaux techniques d’imagerie et de biologie médicale et équipements de télésanté. Labellisés par les ARS, ces hôpitaux ne sont plus financés en fonction de l’activité mais à la faveur d’une dotation forfaitaire garantie (DFG, 95 % des ressources) pour les activités de médecine, sanctuarisée sur trois ans, un financement pluriannuel qui sécurise les recettes.
Confirmation fin novembre de ces vents porteurs : lors de son colloque national, la Fédération nationale des établissements de santé et de proximité (FNESP) a elle aussi salué un net regain d’attractivité, lié notamment à l’ancrage territorial des parcours qu’ils proposent et à une vraie souplesse de fonctionnement. « La réforme fait l’unanimité », se félicite Sophie Guinoiseau, réélue à la tête de la Fédération et directrice du CH de Layon-Aubance, basé à Terranjou (Maine-et-Loire). La transformation des hôpitaux de proximité – véritables traits d’union avec la ville et le médico-social – a d’une certaine façon « contrebalancé le mouvement de centralisation de l’offre hospitalière issu de l’acte II des groupements hospitaliers de territoire (GHT), en pérennisant une offre de soins de premier recours en proximité », salue aussi le rapport parlementaire.
Culture de travail et polyvalence
Le repositionnement clair des hôpitaux de proximité en tant que premier maillon dans la gradation de soins, au carrefour de parcours variés sur un territoire (pour les patients chroniques et vulnérables notamment), a contribué à redorer leur blason. « L’exercice de cette médecine polyvalente est hypermoderne mais impose, c’est vrai, un bouleversement de nos cultures de travail », avance le Dr Yann Poulingue, au nom de la Société française de médecine polyvalente.
Le fait de travailler en équipe et de pouvoir bénéficier d’un réseau expert et connu de spécialistes est perçu comme un gage d’attractivité en particulier pour les jeunes médecins. Dans ces établissements qui n’ont pas d’autorisation de chirurgie ou d’obstétrique, le Dr Jean-François Ricono, généraliste et vice-président de la FNESP, apprécie que « les capacités techniques soient maintenues, comme les ponctions pleurales ou d’ascite ». Et concernant le travail collégial, il cite la satisfaction des équipes sur place « lors de la réunion mensuelle avec un médecin interniste sur des dossiers compliqués de patients ». La réforme des GHT a elle aussi permis de « partager ces connaissances enrichissantes » entre spécialités. Le Dr Poulingue va dans le même sens : « Nos confrères hyper-spécialistes sont très satisfaits d’échanger avec nous. »
L’exercice mixte ville/hôpital apporte lui aussi une forme de souplesse et de fluidité source d’attractivité professionnelle même s’il demeure trop limité. De fait, la dotation de responsabilité territoriale (une des briques de financement) ne permet pas forcément aux hôpitaux de proximité de proposer des rémunérations suffisamment élevées aux libéraux, regrettait la mission flash du député Yannick Monnet.
Conditions et cadre de vie
Dans ces structures souvent implantées en milieu rural, l’attractivité dépend aussi (surtout ?) des conditions de vie, des politiques d’aménagement du territoire et d’un accompagnement personnalisé. Quitte à aller trop loin ? Évoquant le coût élevé pour se loger dans son territoire, Thierry Fillaut, directeur de l’hôpital intercommunal du pays de Retz autour de Pornic admet qu’il cherche à « en faire toujours plus pour le candidat ». Le manager a proposé à une infirmière en pratique avancée (en stage pour six mois) d’être hébergée dans un Ehpad qui proposait un logement gratuit. Des aménagements « à la carte » avec des horaires atypiques sont parfois proposés à des recrues vivant seules avec leurs enfants ou en garde partagée. Des aides à la mobilité sont octroyées aux jeunes « qui n’ont pas les moyens de se payer une voiture ».
Nous choyons nos internes qui font trois heures de route pour se former. Nos praticiens expérimentés sont une manne pour eux
Dr Yann Poulingue
Le Dr Poulingue insiste sur l’utilité de ce compagnonnage sur mesure, y compris grâce à des praticiens proches de la retraite capables de former et d’épauler. « Il faut que les jeunes praticiens qui arrivent se sentent bien dans leur exercice. C’est pourquoi nous choyons aussi nos internes qui font trois heures de route aller et retour pour se former, résume le médecin. Nos praticiens expérimentés sont une manne de formation incroyable pour eux ! »
Bonne nouvelle : côté management, l’accès à la direction de l’établissement « pour porter des projets médicaux » est souvent plus facile dans un hôpital de proximité que dans un gros CHU qui a une hiérarchie lourde et complexe. Mais comme le confie une directrice d’hôpital, la « bonne ambiance dans l’équipe » au service d’un « projet médical de proximité solide » restera toujours l’atout majeur pour attirer et fidéliser les perles rares.
*276 sont des hôpitaux publics ou des sites s’y rattachant, 38 établissements ont le statut d’établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic), tandis que 13 sont des établissements privés à but lucratif
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