LE QUOTIDIEN : Vous venez d’être élu à la tête du Collège de la médecine générale (CMG). Sous quel signe souhaitez-vous placer votre mandat ?
DR CYRIL BÈGUE : J’étais auparavant secrétaire général adjoint du CMG sous le mandat du Pr Paul Frappé. Mon objectif est de poursuivre et d’amplifier le travail déjà accompli. Le CMG est une fédération de structures qui représentent les médecins généralistes dans leur diversité de pratiques et d’exercices et, parmi mes priorités, je souhaite consolider la place de la médecine générale dans ces temps où l’on ressent un certain nombre d’attaques envers cette discipline. Je veux aussi travailler sur la question de la formation initiale, avec notamment la mise en place de la quatrième année (4A) de médecine générale.
Cette réforme de la quatrième année (4A) a connu une mise en place pour le moins chaotique. Où en est-on aujourd’hui ?
A priori, avec le vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026), la question de la rémunération des maîtres de stage et des docteurs juniors est réglée. Mais il faut rappeler que cette 4A a une vocation pédagogique et il faut pouvoir répondre à toutes les questions pratiques. Plusieurs demeurent autour de la carte CPS des docteurs juniors et de la PDS ambulatoire. Cette réforme a été conçue pour améliorer les compétences des internes en médecine générale mais aussi pour leur donner envie de s’installer dans les territoires relativement rapidement après leurs études.
Comprenez-vous leurs inquiétudes ?
J’entends leurs attentes, voire leur crainte et leur souffrance parfois. Cette quatrième année n’est vraiment pas mise en œuvre contre eux mais pour la médecine, pour la pratique et pour les patients. Il faut qu’on avance très vite avec le ministère en janvier. On va y arriver mais il faut entendre de la part des internes que cette situation n’est pas confortable. On est à moins d’un an de la mise en place et tout n’est pas encore calé.
Tout sera-t-il prêt pour novembre 2026 ?
Oui, la réforme est actée dans la loi. Il faut aller vite dès ce début d’année pour qu’elle soit faite dans de bonnes conditions. Je reviens sur la carte CPS des docteurs juniors. La leur accorder permettra de suivre les choses en termes de nombre d’actes délivrés et, en termes pédagogiques, de s’assurer qu’il n’y a pas de dérives. Ce sont des choses qui doivent être mises en place par la Cnam et, pour l’instant, nous sommes toujours en attente. Ce qui coince, c’est la question de la réalisation pratique. Il ne faudrait pas que tout soit opérationnel seulement au dernier moment.
À propos de relations avec l’Assurance-maladie, que pensez-vous du mouvement de grève de la médecine libérale programmé début janvier ?
Si l’on veut résoudre les questions des déserts médicaux, il faut travailler sur l’attractivité du métier pour que les docteurs juniors s’investissent dans le métier de médecin généraliste traitant. Quand on voit certains articles du PLFSS qui imposent une forme de coercition sur la convention, qui encadre la prescription des arrêts de travail avec les mises sous objectif (MSO) ou encore qui distribue des amendes en cas de non-remplissage du DMP, alors que l’interopérabilité n’est pas garantie aujourd’hui, on peut comprendre la réaction des médecins.
Le CMG n’a pas vocation à s’exprimer sur ce mouvement de grève mais je comprends complètement ce ras-le-bol. Valorisons plutôt le métier et les professions. Toutes choses sur lesquelles nous alertons les pouvoirs publics. Il faut changer de braquet et passer sur un accompagnement des médecins et non sur une logique de sanction.
Accès direct sans ordonnance du médecin, droit de prescription, vaccination… Un décret récent acte l’élargissement des compétences infirmières. Une bonne chose selon vous ?
C’est déjà une bonne nouvelle pour les infirmières et infirmiers parce qu’ils bénéficient d’une reconnaissance méritée. Maintenant, le problème, c’est que sur la question de l’évolution des métiers, nous ne voulons pas qu’on vende à la découpe les compétences du généraliste mais qu’on coconstruise, qu’on soit dans la collaboration. Si ces élargissements de compétences sont faits par à-coups, en opposant les uns aux autres, on voit bien qu’on crée des rancœurs et des inquiétudes sans répondre aux besoins du système de santé.
Quels seront les grands rendez-vous du CMG pour 2026 ?
L’un des grands rendez-vous annuels du Collège sera notre traditionnel congrès CMGF. Et, cette année, il aura la particularité d’être couplé avec la trentième édition de la Wonca*, que la France accueillera. Cette double réunion se tiendra au mois de juillet plutôt qu’en mars. Le thème sera « Liberté, Équité, Fraternité ». J’en assure la direction avec Paul Frappé. Des représentants de la médecine générale de 75 pays sont attendus et nous aurons des interventions à la fois en anglais et en français. Toutes feront l’objet de traductions sous-titrées.
*La Wonca Monde est une organisation mondiale à but non lucratif qui représente les médecins de famille et les médecins généralistes de tous les pays
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