Une majorité de Français (68 %) disent ne pas connaître la téléconsultation mais sept sur dix se déclarent prêts à y recourir. Ces chiffres émanent d'une récente enquête menée auprès de 1 031 personnes en France par Feelae, une application de conseil médical par visioconférence.
Mais pour deux sondés sur trois, la téléconsultation doit coûter moins cher que les 25 euros d'une consultation au cabinet. Dans le détail, 24 % estiment qu’une consultation par visioconférence devrait coûter « environ 15 euros », 20 % la chiffrent à « environ 20 euros » et 19 % jugeraient plus juste de la payer « environ 10 euros ». 2 % estiment même que cet acte devrait être gratuit.
Depuis le lancement de l'offre d'AXA Assistance en 2016, les services de téléconsultation se développent. Plusieurs complémentaires santé et acteurs du secteur (Mondial Assistance, Eovi mcd mutuelle, MédecinDirect...) proposent de la téléconsultation à leurs assurés ou clients – le plus souvent gratuitement dans leur contrat. Un des acteurs, Eovi mcd, a même été l'objet d'une plainte de l'Ordre après avoir lancé une campagne de publicité à la radio.
La crainte de devenir « distributeur d'ordonnances »
Ces nouveaux services de consultation à distance constituent une réelle menace pour l'exercice et le colloque singulier ?
La réponse est oui pour 43 % des médecins de famille qui ont participé au débat lancé par legeneraliste.fr (198 réponses). 29 % sont plus nuancés tandis que 28 % estiment que la téléconsultation ne constitue pas un concurrent.
Infogram
Selon le Dr Christian T., généraliste à Le Coudray-Macouard (Maine-et-Loire), les plateformes de téléconsultation changent irrémédiablement le rapport à la médecine. « Ne doutons pas les patients iront au plus simple pour eux, affirme-t-il. Pouvoir avoir un avis et une ordonnance à n'importe quelle heure va leur convenir parfaitement... À nous la m... à gérer et la paperasse... » Le Dr Bruno D. redoute les mêmes effets pervers : « Il est facile de comprendre à quoi nous serons réduits une fois la téléconsultation installée partout : distributeurs d'ordonnances, de papiers divers et de certificats en tous genres. »
Certains se désolent, comme le Dr Hervé V., de Villeneuve de Marsan (Landes), fataliste : « La téléconsultation n'est plus de la médecine clinique.... c'est bien dommage d'en arriver là. »
Toujours besoin d'un examen clinique
Tous les médecins ne sont pas aussi fatalistes. Retraité après 30 ans d'exercice, le Dr François M. a relaté son expérience de « contributeur sur un forum sérieux ». « Ce n'était pas de la télémédecine, précise-t-il, mais ça en donne une petite idée. J'ai pu mesurer la difficulté de faire préciser la plainte, les signes fonctionnels, les investigations déjà faites, les traitements déjà prescrits… »
Le médecin d'Ayse (Haute-Savoie) souligne les limites de l'exercice à distance. « Je peux vous dire qu'on se borne à des recommandations prudentes. Si j'avais dû faire une ordonnance qui engage ma responsabilité à la fin de l'échange, j'aurais été bien embêté. »
Certains omnipraticiens considèrent que rien ne pourra remplacer l'examen clinique et le colloque singulier. Selon Paul V., généraliste à Paris, les services de téléconsultation n'enlèveront pas de travail à la profession, bien au contraire ! « La télémédecine n'a jamais résolu la présence du médecin, développe-t-il. La preuve ? Lorsqu'un patient appelle le SAMU, le régulateur fait un premier tri mais pour être confirmé, il envoie toujours un médecin sur place!. Quel médecin d'aujourd'hui voudrait prendre le risque d'être envoyé devant le tribunal pour une erreur de diagnostic ... au téléphone? » Au final, la télémédecine devrait augmenter, selon lui, le nombre d'intervenants. « Le patient devra toujours aller voir un médecin pour infirmer ou confirmer le diagnostic au téléphone, et se faire prescrire une ordonnance. »
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