Point d’orgue des dix jours consécutifs de la grève nationale des médecins libéraux, la manifestation parisienne du 10 janvier pourrait réunir plusieurs milliers de praticiens contestataires à la politique sanitaire du gouvernement. Vade-mecum.
Qui appelle à la mobilisation ?
Tous les syndicats représentatifs de la médecine libérale : CSMF, MG France, FMF, SML, Avenir Spé et UFML-S, rejoints par la jeune génération (Jeunes médecins, internes de l’Isni et de l’Isnar-IMG, remplaçants de Reagjir) et des collectifs médicaux (Médecins pour demain, Comeli). Ensemble, ils appellent à une mobilisation massive, tant des praticiens de ville que des spécialistes exerçant en cliniques privées. Les modalités sont diverses : fermetures de cabinets, déprogrammations, non-participation à la PDSA ou PDS en établissement. La Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) a apporté son soutien au mouvement.
Plusieurs organisations de médecins hospitaliers (APH, SNMH-FO, Alliance Hôpital) ont également exprimé leur solidarité, alertant sur les conséquences d’un affaiblissement de la médecine de premier recours sur les services hospitaliers déjà saturés.
Où et comment se déroule la manifestation ?
Les syndicats tiendront d’abord un point presse unitaire à 11 heures pour expliciter leurs revendications.
Le rassemblement est prévu place du Panthéon à partir de 13 heures pour un départ à 14 heures. Le cortège doit ensuite se diriger vers les Invalides, en passant par la rue Soufflot, le boulevard Saint-Michel et le boulevard Montparnasse. L’arrivée est prévue vers 17 heures place Vauban, à proximité du ministère de la Santé.

Les spécialistes de bloc opératoire prévoient un « exil » symbolique du 11 au 14 janvier à Bruxelles. Plus de 2 000 médecins et chirurgiens sont inscrits à l’événement.
Pourquoi ce mouvement ?
Les médecins libéraux dénoncent une accumulation de mesures législatives et réglementaires qu’ils jugent de plus en plus contraignantes et un climat hostile à la profession. La loi de financement de la Sécurité sociale 2026 concentre une grande partie des critiques de la profession, qui évoque un encadrement accru des prescriptions, notamment des arrêts de travail, et la possibilité d’une baisse autoritaire de certains actes de la CCAM par voie réglementaire (même si la ministre Stéphanie Rist a promis de ne pas utiliser cette arme). Plus généralement, c’est un contournement de la convention qui est redouté. Quoique censurée par le Conseil constitutionnel, l’obligation d’alimentation du DMP attise toujours les craintes.
À cela s’ajoute le projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales qui introduit des mises sous objectifs (MSO) obligatoires en première intention pour les forts prescripteurs d’arrêt de travail. Sans oublier les propositions de loi Garot et Mouiller visant à réguler la répartition des médecins, perçues comme une remise en cause de la liberté d’installation. Si aucun de ces trois textes n’a été voté par le Parlement, ils constituent pour le corps médical une menace pour l’avenir.
Et maintenant ?
La grève doit se poursuivre jusqu’au 15 janvier, avec des fermetures de cabinets et une activité recentrée sur les soins urgents dans de nombreux territoires. Les syndicats attendent désormais une réaction politique rapide, en réclamant d’être reçus par Matignon.
Sentant la colère monter malgré ses multiples prises de parole pour tenter d’apaiser la profession, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a proposé vendredi matin de recevoir les syndicats médicaux ce samedi à l’issue de la manifestation. Mais ces derniers ont refusé vendredi soir, jugeant que cet entretien n’était pas de nature à changer la donne.
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