Et de quatre ! Première femme à présider le syndicat majoritaire des médecins généralistes, la Dr Agnès Giannotti, 65 ans, a été reconduite jeudi 11 décembre aux manettes de MG France, à l’issue d’une assemblée générale en présence d’une soixantaine de délégués des départements. Le nouveau bureau national* a été chargé d’un mandat de « combat » contre les « mesures délétères » qui menacent l’exercice.
Dernier coup de boutoir en date : le projet de loi de lutte contre les fraudes fiscales et sociales, qui permettrait une mise sous objectifs (MSO) obligatoire, en première intention, pour des médecins jugés surprescripteurs d’arrêts maladie, de transports, de médicaments ou d’examens complémentaires. « La MSO obligatoire, c’est inouï », tonne ce vendredi la Dr Giannotti, jointe par Le Quotidien. MG France, qui a saisi l'Ordre des médecins, saisira dès publication le Conseil constitutionnel sur cette décision qui « contrevient à la liberté de prescription inscrite dans le code de déontologie et dans la loi, et qui compromet la prise en charge médicale des patients ».
La présidente de MG France redoute un basculement vers une logique comptable. « Aujourd’hui, ce sont les indemnités journalières, alerte la généraliste. Demain, cela pourrait concerner un médicament, un dispositif médical ou des transports. Si vous dépassez une moyenne définie de manière opaque, vous devrez réduire vos prescriptions, même si le patient en a besoin. C’est la fin de l’indépendance professionnelle. » Le syndicat maintient sa consigne face aux risques juridiques et déontologiques : ajouter à chaque arrêt la mention « sous réserve de validation par le médecin-conseil », et informer les patients au moyen d’une affiche dédiée.
PLFSS : tout n’est pas réglé
Même expurgé de plusieurs mesures jugées toxiques, le PLFSS continue de poser des difficultés avec un Ondam soins de ville inférieur à l’inflation et aux besoins, « ce qui va contraindre à rationner les soins ».
Le maintien dans le PLFSS d’un article litigieux (26 quater) qui autoriserait le pouvoir réglementaire, sur proposition du directeur de la Cnam, à décider des futurs tarifs conventionnels (à défaut d’accord) fait lui aussi l’objet de critiques. C’est le cas aussi des pénalités pour la non-utilisation et alimentation du DMP. « Cela n’a aucun sens : l’outil n’est tout simplement pas utilisable », juge la Dr Giannotti.
La financiarisation croissante des soins primaires reste un autre sujet d’inquiétude pour MG France. « Des centres de soins non programmés aux plateformes de téléconsultation, des structures financiarisées captent une part importante des médecins généralistes, insiste-t-elle. Plus elles se développent, moins il restera de médecins traitants »
Malgré ce climat lourd, la cheffe de file de MG France n’oublie pas les avancées de la convention médicale qui vont se concrétiser dès 2026, dont la consultation longue médecin traitant, tarifée à 60 €, pour les patients de plus de 80 ans dans certaines situations complexes et chronophages (facturable une fois par an et par patient). Un « forfait médecin traitant » (FMT), plus simple et plus lisible, viendra aussi se substituer en 2026 au FPMT (forfait patientèle médecin traitant) et à la Rosp (rémunération sur objectifs de santé publique). Avec une patientèle de taille moyenne, le FMT pourrait rapporter en moyenne 21 500 euros par an, hors majorations.
* Bureau de MG France. Premier vice-président : Dr Yohan Saynac ; secrétaire général : Dr Jean-Christophe Nogrette ; secrétaires généraux adjoints : Dr Sébastien Adnot et Dr Florence Lapica ; trésorière : Dr Isabelle Domenech Bonet ; trésoriers adjoints : Dr Xavier Grang et Dr Bijane Oroudji ; vice-présidentes : Dr Valérie Duthil et Dr Fabienne Yvon.
L’intersyndicale maintient sa mobilisation en janvier
Le retrait des articles 24 (sur les spécialités « rentières ») et 26 (surtaxe des dépassements d’honoraires) du PLFSS n’a pas fait disparaître du jour au lendemain la détermination des syndicats. Ni leur unité. Ce vendredi, dans un communiqué commun, la CSMF, MG France, le SML, la FMF, l’UFML-S et Avenir Spé-Le Bloc, soutenus par la jeune génération (Jeunes Médecins, internes de l’Isni et de Isnar-IMG et remplaçants de Reagjir) mais aussi des collectifs médicaux (Médecins pour demain, Comeli), annoncent que la mobilisation continue « plus que jamais ».
Face à un gouvernement qui « piétine » la médecine libérale, le mot d’ordre n’a guère varié. « Début janvier, la médecine libérale ne répond plus », prévient le communiqué même si la référence à un arrêt d’activité de dix jours complets (du 5 au 15 janvier) ne figure plus. Confirmation de l’appel à « une manifestation historique » à Paris, qui est désormais programmée le samedi 10 janvier (et non plus le 7).
Contacté par Le Quotidien, le Dr Philippe Cuq (Le Bloc) maintient lui aussi son appel à un exil à Bruxelles des spécialistes de bloc opératoire, du 11 au 14 janvier.
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